Le ravissement Colette, film de Wash Westmoreland

Un film britannique qui s’intéresse à une auteure française à cheval sur la fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle, ce n’est pas anodin. Quand Keira Knightley prend les traits de Gabrielle Sidonie Colette, c’est pour en faire ressortir toute la pugnacité et la combativité. Le réalisateur de l’émouvant Still Alice fait revivre une époque où Paris était le centre du monde avec sa Tour Eiffel et son électricité naissante, et où une femme imposa son caractère à un monde d’hommes. Par la grâce de son caractère d’acier et de son talent d’écrivain, elle sut bousculer les conventions et marquer l’histoire à jamais. Le film se suit comme une fable mais c’est bien la vraie vie qui ressort, dans toute sa fragilité et sa force. Et le film se suit avec délectation.

Une reconstitution historique au cordeau

Avant de rédiger une trentaine d’ouvrages et de marquer l’histoire littéraire de son empreinte, Colette fut une jeune bourguignonne innocente, mariée à Willy, un écrivain parisien aussi fantasque que volage. Mais la jeune colombe recelait un esprit libre qui la poussa à ne pas se contenter d’une vie d’épouse oisive. Pour tromper son ennui, elle se mit à écrire ce qui devint un best seller du tournant du siècle, les aventures de Claudine, publié sous le nom de son mari mais le ver était dans le fruit. Consciente de son potentiel, elle fit sauter les verrous des conventions pour de réaliser pleinement. Artistiquement, socialement, sexuellement, elle accepta sa vocation et ses penchants, quitte à choquer, devenant une précurseuse du droit auxquels allaient pouvoir accéder les femmes au cours du XXe siècle.

Keira Knightey prête ses jolis traits à une Colette aussi charmante qu’intraitable. L’actrice montre une fois de plus son potentiel dans des films au contexte historique. Qu’il est loin le temps des pirates… A ses côtés, Dominic West est un Willy fielleux à souhait, jouet de ses pulsions et à la duplicité maladive. Celle qui aurait pu rester prisonnière de son existence trouva la force et le talent de se réaliser, non pas seulement parce qu’elle était séduisante mais parce qu’elle recelait un caractère entier et volontaire. Les histoires de Claudine, si elles ne sont plus guère connues aujourd’hui, ont pourtant marqué les lectrices de l’époque, poussant Colette sur le devant de la scène comme aucune femme avant elle.

Le film se suit comme une plongée historique passionnante, avec son héroïne inflexible confrontée aux blocages de son époque. La reconstitution, la musique (Ravel, Satie…) et la mise en scène concourent à croire à ce récit ainsi qu’à s’attacher aux personnages. Une réussite.

Note
Originalité
Réalisation
Jeu des acteurs
Plaisir de la séance
Stanislas Claude
Rédacteur ciné, théâtre, musique, BD, expos, parisien de vie, culturaddict de coeur. Fondateur et responsable du site Culturaddict, rédacteur sur le site lifestyle Gentleman moderne. Stanislas a le statut d'érudit sur Publik’Art.

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