Il a plus de 40 ans à Montpellier, débarquait sur nos écrans François Pignon, le sobriquet le plus célèbre de toute la comédie française.
Il y a des films qui, dès le générique, vous attrapent par le col et ne vous lâchent plus. L’Emmerdeur, c’est exactement ça : une mécanique de précision horlogère signée Francis Veber (au scénario et à la pièce originale), mise en images par Édouard Molinaro avec un sens du rythme et du contrepoint comique qui confine au génie burlesque. Sorti en 1973, ce bijou de comédie noire française reste, plus de cinquante ans après, d’une efficacité redoutable. L’histoire ? Ralf Milan, tueur à gages professionnel campé par le flegme légendaire de Lino Ventura, ici monumental de mutisme bougon Ralf Milan s’installe dans une chambre d’hôtel pour remplir un contrat : abattre un témoin gênant depuis la fenêtre donnant sur le palais de justice de Montpellier. Problème : la chambre mitoyenne est occupée par un certain François Pignon, incarné par Jacques Brel dans son dernier rôle au cinéma, petit représentant en chemises dépressif-suicidaire. Après ne ultime tentative ratée, une inondation et un otage improvisé, voilà notre tueur impassible transformé en baby-sitter malgré lui du boulet ultime. Fini le polar sec et mutique, bonjour le vaudeville infernal où chaque tentative de Milan pour reprendre le contrôle de la situation sera sabordée par la maladresse cosmique de Pignon
Brel-Ventura, un ballet extraordinaire pour nos zygomatiques.
Tout le génie de L’Emmerdeur tient dans ce duo improbable : Ventura, statue de granit au visage impénétrable fidèle à lui-même, et Brel, tornade d’émotions maladroites et de monologues désespérés aux expressions candides. Le premier n’a presque pas besoin de parler pour faire rire – ses silences, ses regards assassins, ses haussements d’épaules suffisent. Face à lui, la chanteur Belge apporte une vulnérabilité touchante et une énergie chaotique qui font voler en éclats le flegme du tueur. Visuellement, le film est d’une économie remarquable : un hôtel, deux chambres communicantes, une fenêtre sur cour… et pourtant. La mise en scène joue sur les portes qui claquent, les tuyaux qui éclatent, les regards à travers les cloisons . Malgré un humour resté intact, acide et intemporel, on rit également jaune par moments : derrière l’absurde se cache une vraie réflexion sur la solitude, le hasard et la façon dont un emmerdeur peut, sans le vouloir, sauver la vie de quelqu’un (ou la lui pourrir définitivement). Un classique du cinéma français populaire qui n’a pas pris une ride. À (re)découvrir absolument dans une version 4K inédite aux couleurs vives et doté d’un impressionnant travail de restauration sur le son.
L’emmerdeur, en édition 4K Ultra HD, vient de sortir à L’Atelier d’Images un peu partout. Sur la galette, vous trouverez également 2 heures de contenus dont l’inédit podcast vidéo autour de la genèse du film avec Francis Weber. Mais aussi, un portrait d’Edouard Molinaro, des entretiens avec Jean-Marie Poiré et Vincent Perrot, et bien d’autres featurettes.
Synopsis : Ralph Milan doit éliminer Louis Randoni, témoin involontaire d’affaires indélicates. Il s’installe dans un hôtel, en face du palais de justice où se présentera sa victime. Mais dans la chambre voisine, François Pignon tente de se suicider, se rate et fait manquer sa cible à un Milan excédé…

