L’histoire revisitée avec bonne humeur mais pas sans partialité avec Cabaret Mai 68 au Théâtre de Poche Montparnasse

Cabaret Mai 68
Cabaret Mai 68, mise en scène de Christophe Barbier, Théâtre de Poche Montparnasse

L’histoire revisitée avec bonne humeur mais pas sans partialité avec Cabaret Mai 68 au Théâtre de Poche Montparnasse

L’imaginaire collectif hexagonal aime revêtir les événements de Mai 68 d’une aura mythique et le temps qui passe ne cesse d’épaissir la couche de nostalgie d’une dimension de quête héroïque. Christophe Barbier a le bon gout de recadrer les choses avec un déroulé chronologique des événements de mars à juillet 68. L’exaltation d’une jeunesse fatiguée par l’usure d’un pouvoir empli de doutes face à cette manifestation populaire inédite est avivée en chanson et dans la bonne humeur. La petite troupe ravit une audience qui a pour sa grande majorité l’âge d’avoir des souvenirs de cette époque. La plongée anthropologique se fait en sourires et en boutades pour un résultat qui privilégie la bouffonnerie au sérieux, le cliché à la rigueur, la caricature au cartésien. C’est un choix.

Mai 68 pour les nuls 

Revenir en détail sur une période charnière de la France contemporaine demande d’avoir plus que quelques notions, un regard affuté sur l’histoire et des connaissances politiques apportent de l’épaisseur et du liant. Et Christophe Barbier est loin d’en être dépourvu, fort de son expérience journalistique, notamment à la rédaction de L’Express. Le spectacle aborde les enjeux étudiants, les questions sociales et la quadrature du cercle politique. Car personne n’avait anticipé ce qui se déroulerait à Nanterre et à la Sorbonne, avec une fronde étudiante sans précédent, un mouvement ouvrier national dans la foulée et un Général De Gaulle mis personnellement en cause. Les comédiens personnifient les protagonistes principaux avec force mimiques, pantomimes et gesticulations. Une cigarette au bec pour Krasucki et Pompidou, un air altier pour De Gaulle, des yeux rieurs pour Dany le rouge, la fresque politico-historique perd quelque peu de sa superbe pour fureter du côté de la farce rieuse. Les plaisanteries fusent pour une connivence très orientée en faveur de la contestation, la subjectivité est volontairement reine pour un succès public qui ne se dément pas. Surtout qu’un programme musical d’époque confirme la dimension cabaret. Emmanuelle Goizé gratifie l’audience de sa voix superbe, les autres protagonistes l’accompagnent avec entrain, un Sylvain Katan cocasse en tête. Bella ciao, Les Bonbons, Les élucubrations, Let the sun shine, l’ambiance est furieusement hippie et décontractée, surtout avec le piano de Vincent Prezioso qui ajoute à la bonne humeur ambiante.

La pièce ravira les convaincus de l’héritage Mai 1968, laissant penser que décidément l’histoire est une fois de plus écrite par les vainqueurs. Les gaullistes sont représentés en pantins poussiéreux dans une belle parodie potache. Cabaret Mai 1968 aborde légèrement un sujet qui interroge sur l’évolution de la société française, les anciens étudiants contestataires sont maintenant aux manettes sans vraiment s’interroger sur la répétition de l’histoire. L’avenir dira s’ils en seront surpris.

Dates :  Du 29 Mai au 11 Juillet 2018 – Mardi et mercredi à 21h
Lieu : Théâtre de Poche Montparnasse (Paris)
Metteur en scène : prénom nom
Avec : Christophe Barbier, Emmanuelle Goizé, Sylvain Katan, Pierre Val, Vincent Prezosio

Note
Originalité
Mise en scène
Jeu des comédiens
Texte
Stanislas Claude
Rédacteur ciné, théâtre, musique, BD, expos, parisien de vie, culturaddict de coeur. Fondateur et responsable du site Culturaddict, rédacteur sur le site lifestyle Gentleman moderne. Stanislas a le statut d'érudit sur Publik’Art.

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