L’incomprise, un film de Asia Argento

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Sortie :  26 novembre 2014

Durée : 1h46

Avec : Giulia Salerno, Charlotte Gainsbourg, Gabriel Garko

Synopsis :

Aria, neuf ans, fait face à la séparation très violente de ses parents. Au milieu de leurs disputes, mise à l’écart par ses demi-sœurs, elle ne se sent pas aimée. Ballotée de l’un à l’autre, elle erre à travers la ville avec son sac à dos et son chat noir. Frôlant le désespoir, elle essaie de préserver son innocence.

 Avec L’incomprise, production franco-italienne et troisième long métrage de Asia Argento après Scarlet Diva (2000) et Le livre de Jérémie (2004), l’actrice-réalisatrice rend une sorte d’hommage très personnel au magnifique mélodrame de Luigi Comencini L’Incompris (Incompreso) datant de 1966 et qui a marqué son enfance et sa cinéphilie. Racontant l’histoire d’un divorce et ses conséquences sur une fille de 9 ans et ses deux demi-sœurs, la réalisatrice, elle-même fille de parents illustres (le réalisateur Dario Argento et la comédienne Daria Nicolodi) qui se sont séparés, se défend d’avoir voulu faire avec ce nouveau film une œuvre autobiographique, mais au contraire plus un film sur la solitude d’une enfant avec la volonté de casser la représentation de la famille italienne tel qu’elle est montrée habituellement dans les films, c’est à dire soudée en un clan uni.

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 Ici les parents sont des êtres profondément égoïstes, et malgré tout très sympathiques, mais leur personnalité est trop complexe pour une fille qui voudrait les voir heureux ensemble. S’intéressant chacun plus à ses deux demi-sœurs, Aria trouve le réconfort auprès d’un chat noir abandonné dans un parc au milieu d’autres. Surnommé Dac, le chat est un peu son alter ego en même temps que son ange gardien, son symbole de superstition (que son père ne manquera pas de lui rappeler en chassant l’animal de la maison et au passage l’occasion de séquences tragi-comiques) fait que c’est un être rejeté comme elle, incompris et que le commun des mortels fuit sans essayer de comprendre ni d’aimer, ce qui est un peu le calvaire que vit Aria, isolée dans une profonde solitude et un manque affectif de ses parents et de son entourage. La réalisatrice la montre ainsi fréquemment en train d’errer seule dans les rues avec pour seul bagage une valise et une cage avec son petit compagnon. Le chat noir, c’est aussi, et en forme de clin d’œil, celui de la nouvelle de Edgar Allan Poe, porté justement par son père Dario Argento dans son segment de Deux yeux maléfiques (1990). On retrouve aussi un chat noir sur l’affiche du giallo Le chat à neuf queues (1971), autre grand film de son père et dont le cinéma semble hanter celui de sa fille, cette dernière n’ayant cependant pas encore explorer le registre du cinéma horrifique, et ce malgré une attirance évidente pour la noirceur. Avec L’incomprise, elle parvient à offrir une œuvre profondément légère et drôle malgré son sujet qui aurait vite pu tomber dans le mélodrame le plus pessimiste et le plus noir. Ceci grâce à une réalisation pleine de dynamisme et portée par des interprètes composant des personnages tous excentriques, à commencer par la mère que Charlotte Gainsbourg incarne avec grâce et désinvolture, son personnage n’est d’ailleurs pas sans évoquer physiquement la propre mère de Asia Argento, volonté ou pas… Le père, une star de cinéma perpétuellement absent, est également un personnage attachant et le comédien Gabriel Garko, star de la télévision italienne, parvient à le rendre sympathique malgré son égocentrisme absolu et son intérêt exclusif et presque incestueux pour sa fille aînée. La comédienne qui tire véritablement son épingle du jeu est Giulia Salerno, son visage expressif et mystérieux renvoyant aux acteurs des films de Pasolini, apporte l’aspect touchant qui convient au personnage de Aria et parvient à atteindre le cœur du spectateur à défaut de celui des autres personnages du film.

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 Porté par une réalisation à la photographie très colorée, L’incomprise est, malgré quelques longueurs, une très bonne comédie dramatique et possède au passage une excellente bande originale à l’ambiance très 80’s, allant de ESG, Japan, Danton’s Voice, Kano, Misfits à Jacno et Elli Medeiros, ajouté à des compositions de Alfredo Casella, l’arrière grand-père de la réalisatrice, qui signe ici son meilleur film à ce jour.

Thierry Carteret
Cinéphile passionné, Thierry est chroniqueur cinéma et DVD depuis 2006 en ayant collaboré auparavant pour des webzines comme Kinok ou La revue du cinéma. En parallèle de son activité de chroniqueur, il exerce également les fonctions de scénariste et storyboarder sur des projets de courts, longs métrages et séries de fiction.

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