
Lionel Sabatté, les métamorphoses du vivant
La poussière a parfois plus d’imagination que les hommes. Chez Lionel Sabatté, elle devient peau, pelage, plumage, matière à renaître.
Au Musée de la Chasse et de la Nature, « Ce qui reste » orchestre un étrange ballet de créatures hybrides, nées des rebuts du vivant et des métamorphoses de la matière.
Une ménagerie fantastique où la beauté flirte avec le monstrueux et où la mort semble n’avoir jamais le dernier mot.
Poussière, rouille, laine, ongles, fragments organiques : Lionel Sabatté cultive l’art du presque rien. Il ramasse ce que le monde abandonne et lui invente une seconde existence.
Ses animaux surgissent d’un magma de matières, silhouettes fragiles et inquiétantes qui semblent hésiter entre apparition et disparition.
Ni tout à fait bêtes, ni tout à fait monstres, ils appartiennent à un monde antérieur aux classifications, là où les espèces se mélangent et les formes se dérobent.
Le trouble de la finitude et son recommencement
La rouille devient paysage, la poussière se fait fourrure, les matières usées retrouvent une insolente vitalité.
Dans la cour du musée, le cerf de bronze de Mort fertile impose d’emblée cette poétique du renversement.
Ses bois inclinés vers la terre semblent renoncer à leur superbe pour mieux rejoindre le cycle des métamorphoses.
Une image puissante, presque funèbre, mais paradoxalement traversée par une énergie de renaissance. Le dialogue avec les collections du musée ajoute à l’ensemble une troublante profondeur.
Face aux animaux naturalisés et aux trophées de chasse, les créatures de Sabatté semblent reprendre leurs droits.
Là où l’on a figé le vivant pour mieux le posséder, l’artiste réintroduit le mouvement, l’accident, l’indétermination.
Ses œuvres dérangent les certitudes et brouillent les frontières entre nature et artifice, beauté et décomposition.
Il y a dans cette exposition une poésie de la finitude et son recommencement, échappant à toute nostalgie.
Rien ne disparaît vraiment, tout se transforme, même les matières les plus humbles, même les vestiges que l’on croyait condamnés à l’oubli.
Lionel Sabatté fait de cette survivance une aventure esthétique, parfois étrange, souvent fascinante. « Ce qui reste » célèbre ainsi moins les vestiges du vivant que son irréductible pouvoir de métamorphose.
Une leçon de beauté sauvage qui rappelle que la nature n’a décidément pas besoin de nous pour continuer à inventer des monstres magnifiques.
Dates : du 15 octobre 2026 au 21 février – Lieu : Musée de la Chasse et de la Nature (Paris)