Valérie Villieu est infirmière à domicile. Quand elle doit s’occuper de Joséphine, retraitée parisienne souffrant de dégénérescence sénile à l’existence esseulée dans son petit appartement, la rencontre est drôle et vivante. La vieille dame doit s’habituer à cette nouvelle présence, jusqu’à accepter cette intrusion dans son petit cadre de vie. La BD douce amère raconte l’épuisement inéluctable d’un corps aux ressources vidées par la maladie. Mais l’esprit même absent connait des retours de flamme qui interrogent l’infirmière sur la force inextinguible du vivant et lui donnent l’envie de ne pas sombrer dans la passivité et l’indifférence.

Une vie au ralenti

Ce qui marque à la lecture de Little Joséphine, c’est la marque de la dépendance qui croit de plus en plus au fur et à mesure que la vie s’éteint. Valérie Villieu a rencontré Raphaël Sarfati pour mettre en dessin cette rencontre unique entre une infirmière dévouée et une personne âgée laissée à l’abandon. Les auxiliaires de vie défilent sans jamais se poser la question du bien être de la patiente, les proches se désintéressent de son sort, la vieille dame ne sort plus de son lit, son destin est devenu quantité négligeable alors que le cours trépidant de la vie se déroule au dehors. Cette réédition d’une BD de 2012 donne à voir l’imperfection d’un système où les plus faibles sont laissés à l’abandon, car inutiles, pesants et par trop fragiles. Les contempler fait comprendre la fragilité de l’existence humaine, et par la même, la notre. Ce constat devient inacceptable dans notre univers de réussite et de performance. L’infirmière réussit à récupérer des bribes de ce que fut l’existence de Joséphine, car elle aussi a eu une vie, des espoirs, des joies et des peines. Le lien que l’infirmière tisse avec elle apporte une respiration au lent délitement d’une personnalité de plus en plus enfermée dans un présent perpétuel.

Le dessin et les textes apportent un éclairage bienveillant sur la fin de vie et la manière la plus humaine d’accompagner ceux qui en ont le plus besoin. La lecture interroge sur le destin de chacun dans une société qui met de côté les plus vulnérables.

Synopsis: « Je suis comme un bout de bois, je regarde le ciel, les nuages, et je ne sens rien » m’a dit un jour Joséphine.
J’ai eu la chance de la rencontrer, elle, qui se disait la fille d’Arsène Lupin ! L’humour était notre langage, notre terrain de jeu et notre lien. Elle était drôle et étonnamment vivante malgré les troubles dont elle souffrait. Joséphine a questionné des choses essentielles pour moi, m’a aidée à mieux penser mon travail pour ne pas me perdre dans la passivité, l’indifférence.
Par ce récit, je voudrais dire qu’il ne faut jamais capituler face à ces troubles du comportement si déstabilisants pour nous “bien portants”. Il faut toujours chercher le lien, la porte qui nous permet d’accéder à l’autre. Et là, on peut être prêt à se laisser bouleverser par « la demoiselle aux yeux verts »
C’est cette aventure éminemment humaine de sa complicité avec une de ses patientes atteinte de dégénérescence sénile que Valérie a demandé à Raphaël Sarfati de mettre en images, pour témoigner de son vécu et surtout du peu d’attention trop souvent portée aux personnes âgées. Émouvant et riche de questionnements.

Editeur: La Boîte à Bulles

Auteurs: Valérie Villieu, Raphael Sarfati

Nombre de pages / Prix: 124 pages / 19 euros

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici