Le personnage principal Alix de Maudit! recherche son ami disparu dans les hauteurs sauvages de La Réunion. Le réalisateur Emmanuel Parraud invoque le passé d’une île qui a connu le colonialisme et l’esclavage pour délivrer un film entre mysticisme et âpreté. Ce passé marque au fer rouge un présent où la violence et l’alcool recouvrent d’une chape de plomb un poids trop longtemps passé sous silence. La symbolique empreint tout le film d’une complexité tourmentée rêche qui bouscule les spectateurs.

Une expérience filmique

La Réunion n’est pas qu’une destination paradisiaque où les touristes se parquent dans des hôtels coupés du vrai quotidien des habitants de l’île. La langue locale, le créole, reste intraduisible pour ceux qui ne connaissent pas l’île avec son déterminisme social et ses croyances anciennes. Le passé fait partie de l’esprit collectif, si loin si proche, mis à distance et présent partout. Les épreuves des aïeux semblent visibles et partout et obséder les vivants. L’héritage est à prendre ou à laisser et le héros parait submergé par les cris du passé. Le film Sac la mort sorti en 2015 permettait déjà au réalisateur d’évoquer les cicatrices du passé colonial sous les yeux de Patrice, dont le frère avait été décapité par un voisin. Ici, Alix fait lui-même partie d’une histoire de sang et de mort, hanté par des fantômes, esprits d’esclaves cachés dans la montagne. Il recherche son ami Marcellin et se demande s’il l’a blessé ou même tué sous l’influence démoniaque du rhum. La rythmique musicale composée par l’artiste Nimko prolonge l’atmosphère anxiogène des images du film. La caméra suit le personnage de très près, l’accompagnant dans ses mouvements désordonnés, avec un montage amplifiant le sentiment de malaise. Alix se débat avec sa réalité, emprisonné par le carcan d’une société corsetée où il ne parvient pas à trouver sa place. Le quotidien est une lutte et son imaginaire empiète peu à peu sur une réalité faite de douleurs intérieures. Ce sont ses hallucinations qui l’enfoncent dans des tourments éternels, le transformant en assassin ou en fou.

A la limite du fantastique, Maudit! transporte le spectateur dans une ambiance malsaine où les personnages se débattent, entre réalité et hallucinations.

Synopsis: L’île de la Réunion a connu l’esclavage, l’engagisme et le colonialisme pendant la plus grande partie de son histoire, “Maudit” est le récit allégorique du refoulement de cette histoire, le chant brouillé, alcoolisé, violent et complexe de la diversité mise à mal par le poids du passé.

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