Le premier film Mignonnes de la société Bien ou bien productions réalisé par Maïmouna Doucouré s’est distingué au festival indépendant de Sundance aux États-Unis avec l’obtention du prestigieux prix de la réalisation. En prenant pour héroïne une jeune fille de 11 ans naïve et innocente, la réalisatrice n’a eu peur de rien en lui faisant supporter à elle et ses copines des clichés entiers sur la jeunesse d’aujourd’hui. Injures permanentes, rapport de force constant, hypersexualisation de minettes de 11 ans, utilisation abusive des photos prises sur téléphones portables et diffusées immédiatement sur les réseaux sociaux, l’exposition de ces traits est très appuyée, tellement que la différence entre critique et célébration devient parfois presque floue. Le film a le mérite d’ouvrir le débat, c’est tout à son honneur même si un malaise est parfois perceptible dans la salle de projection.

Un film qui ne fait pas de concessions

Pendant plus d’1h30, c’est une génération entière qui est mise en scène avec le récit de ses excès et de ses franchissements de limites permanents faute de repères suffisants instillés par les ainés. Danses lascives, réactions outrées et injurieuses à chaque contradiction, écoute zéro des conseils des parents, tenues hyper méga courtes et moulantes, le tout avec un contexte familial très vieilles traditions sénégalaises pour bien faire ressortir le fossé qui se creuse. Et comme les héroïnes principales sont censées avoir 11 ans, la question se pose d’une tentative de critiquer la triste réalité aux repères nouveaux et très différents de ceux des ainés. Beaucoup de spectateurs comprendront parfaitement le propos du film et d’autres s’interrogeront. Des parents laissent vraiment leurs enfants s’habiller de cette manière et parler comme des charretières? Peut-être bien, et dans ce cas la réalisatrice est fidèle à ce qu’elle connait. Pas vraiment de misère sociale décrite dans ce film, c’est la question des comportements qui se pose, comme si les plus jeunes devaient se débrouiller tout seuls sans droit de regard parental. En cela le scénario de Mignonnes se déroule sans aucun filtre ni aucune interférence; les tons sont hautains voire méprisants de la part de jeunes filles qui se servent des chanteuses comme modèles, imitant leurs mouvements libidineux presque sans savoir ce que cela peut bien signifier. Le film montre surtout l’absence de discernement et de recul de jeunes semblables à des lions jetés dans la fosse sans aucune protection parentale, devenus constamment sur la défensive et dans l’excès. La réalisatrice a visiblement cherché à accentuer le trait, le procédé déplaira à ceux qui ne veulent pas voir cet aspect d’une certaine réalité. Que le film accumule les caricatures tient surtout d’une intention artistique et renvoie à la réalité tangible de médias qui diffusent des danses dégradantes pour les femmes avec des gestes mimant constamment les actes sexuels. Le film devient alors une critique de notre société, procédé louable donc, même si parfois excessif et manquant de délicatesse dans ce traitement toujours très premier degré. Le spectacle de danse final donné par les héroïnes voit des parents outrés cacher les yeux de leurs rejetons pour qu’ils ne voient pas un spectacle jugé par trop vulgaire. C’est peut être un peu tard, cette scène arrive après des scènes hyper gênantes, sans pudeur aucune, difficilement supportables pour tous ceux qui imaginent la jeunesse toujours innocente à cet âge là. Par ailleurs, le film montre les coulisses d’une famille sénégalaise musulmane où la mère de famille apprend que son mari a pris une seconde épouse. Elle n’est pas vraiment ravie mais doit s’effacer devant le poids des traditions. Au final, ce sujet intéressant est brouillé par les aventures de la jeune Amy, et il n’est qu’un arrière plan sans vraiment d’ampleur. Et puis la République interdit jusqu’à nouvel ordre la polygamie, mais c’est encore une autre histoire…

Mignonnes est un film qui va faire débat avec ce flou constant entre critique sociale et premier degré un peu trop appuyé. Difficile parfois de discerner une vraie distanciation, le malaise l’emporte sur la réflexion et la leçon d’éducation. Le film sort en salles le 19 aout, de quoi se faire rapidement une opinion.

Synopsis: Amy, 11 ans, découvre dans son nouveau collège un groupe de danseuses appelé : Les Mignonnes. Fascinée, elle s’initie à une danse sexy, le twerk, dans l’espoir d’intégrer leur bande et de fuir un bouleversement familial.

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