Ostende et Ostende Carnets de Dominique Gobet aux éditions FRMK, un roman graphique et son prolongement à découvrir

Le dernier livre de Dominique GobletOstende, est sorti le 9 décembre. En Janvier, la maison d’édition Le Frémok fait paraitre une autre facette de ce même projet intitulé Ostende Carnets. Ces carnets montrent les travaux préparatoires à l’écriture de l’ouvrage Ostende ainsi que la vie secrète de ses personnages. L’ouvrage est rempli de formes abstraites, avec très peu de mots pour figurer des divagations virtuoses.

Une clé de lecture fascinante

Ostende Carnets est comme son nom l’indique une sorte de carnet de croquis préparatoires au roman graphique Ostende de Dominique Goblet. Il permet de voir l’évolution des formes et des idées en vue de l’élaboration de l’ouvrage publié à la fin de l’année 2021. Le lecteur peut admirer la naissance des personnages et les motifs picturaux de l’oeuvre. Il est donc souhaitable de connaitre Ostende avant de lire Ostende Carnets. La ville belge d’Ostende située en région flamande est le cadre d’une histoire énigmatique près de la plage vide et grisâtre qui borde la mer du nord. Le héros semble obnubilé par une certaine Irène, il la voit partout et y pense incessamment. Irène est-elle sur la plage en train d’exhiber des parties de son corps ou est-elle le fruit de l’imagination d’un narrateur, chacun pourra se faire son idée.

Ostende et Ostende Carnets semble forme un tout pour un roman graphique onirique à découvrir, avec des couleurs qui laissent divaguer l’esprit et demandent à revenir encore et encore sur ces pages.

Synopsis: «Dans un appartement situé sur la digue, au quatrième étage, on peut voir : quatre femmes élégantes assises autour d’une table carrée. Elles sont habillées de façon sobre et classique, comme on pourrait l’être pour aller un dimanche à la messe. Devant chacune d’elle est posé un verre d’eau. Elles se sont retrouvées pour jouer ensemble. Debout sur la gauche, face contre le mur, immobile, un homme attend slip baissé à un bras de ces dames , plus concentrées semble-t-il par leur combinaison de cartes que par son derrière.»

Ostende – le carnet est l’origine du livre paru quelques semaines plus tôt, la coulisse où le ballet se prépare, la planque reculée d’où l’on peut mieux observer le paysage, la palette où se mélangent les formes, les couleurs, les gestes des personnages et de leur créatrice. Il témoigne d’une oeuvre en gestation, là où Ostende est l’aboutissement de ce travail. Des objets y mutent comme des êtres vivants, des humains évoluent, expérimentent en secret, se découvrent. Des idées naissent, changent, se fixent mais le plus souvent s’y refusent, avant de trouver leur place dans l’oeuvre finale, la série picturale narrative Ostende, que le carnet de Dominique éclaire d’un jour nouveau.

Pour nous, lecteurs et lectrices, le carnet en sera aussi l’aboutissement, la clé de lecture et le révélateur. En voyant ce qui, de la vie des personnages et du travail de l’autrice, n’était pas visible dans les peintures, on percevra ce que les personnages projettent entre les murs d’une grange ou derrière les rideaux. On en apprendra plus sur la majorette et ceux qui l’accompagnent, on y verra des corps ou des parties de corps – bustes, fesses, visages, mains – et l’on comprendra peut-être pourquoi Irène exhibe le sien sur les plages Ostende. Ou peut-être ne le comprendra-t-on pas. On verra, mais on sera libre de donner la suite que l’on veut à ces textes et à ces scènes ouvertes à l’interprétation.

On retournera le point de vue, pour voir enfin derrière. On verra les formes abstraites d’Ostende naître, fondre, se transformer jusqu’à devenir cristaux, roches molles, matière aux contours flous ou abrupts. On percevra des mouvements, des bruits sourdre paisiblement de l’espace vierge des pages d’un carnet, espace de liberté formelle absolue pour sa détentrice.

Plusieurs niveaux de lecture apparaîtront alors. On pourra observer ces changements comme des mouvements primaires que l’œil reconstitue, récits sans objet quelque part entre l’animation et la séquence, ou chaînon manquant entre le figuratif et l’abstraction. On pourra voir des personnages en train d’être créés et de se créer eux-mêmes une nouvelle identité, cachée, imperceptible mais pourtant bien présente sur les plages d’Ostende. On verra une artiste se chercher, chercher son propos et les techniques appropriées à celui-ci, et une oeuvre se construire par touches successives, du fourmillement de tentatives chaotiques et audacieuses à la sérénité qui fait la force d’Ostende. Et l’on fera, comme elle, des va-et-vient d’un livre à l’autre, d’un format à l’autre, repérant quelles techniques, quelles présences, quelles formes ont retenu son attention, tentant de comprendre ce qui se joue en chacun des êtres et des lieux représentés.

Editeur: FRMK

Auteur: Dominique Goblet

Nombre de pages / Prix: 124 pages / 22 euros

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