Paterson, poésie décalée de Jim Jarmush (Festival de Cannes 2016)

Paterson
Paterson – Photo : Adam Driver et Golshifteh Farahani © Mary Cybulski

Paterson, poésie décalée de Jim Jarmush (Festival de Cannes 2016)

Paterson est conducteur de bus. Il porte le prénom de sa ville. Ville sinistrée mais ville de poètes, au premier rang desquels William Carlos Williams. Amateur de strophes, Paterson ne quitte jamais son petit carnet secret où il écrit ses poèmes dès qu’il a un moment.

Film poétique et hautement décalé, Paterson affiche les jours de la semaine qui défilent dans le quotidien rangé de ce brave trentenaire et de son entourage : son improbable compagne, son chien qu’il tolère par amour, son collègue et ses amis du bar du coin. Jim Jarmush décompose un quotidien fade qui n’émeut personne à l’exception de Paterson, incarné avec brio par Adam Driver (Star Wars 7).

Personnage à l’allure presque burlesque, notre poète chauffeur de bus trouve son inspiration dans ce rien qui rythme sa vie. Il livre des vers bruts, sans rime, sans figure de style, sans artifice. Une poésie sans poème.

Alors que tout semble l’enfermer et le contraindre dans une routine qu’il subit, on découvre peu à peu sa grande liberté intérieure. Cet homme est un extra terrestre qui trouve son bonheur dans trois fois rien. Bien qu’il n’ait pas le talent que sa compagne – totalement perchée – aimerait lui prêter, on se laisse séduire par ses histoires faites de boîtes d’allumettes et autres bizarreries. Paterson est un esprit libre qui voit des choses que d’autres ne voient pas. Au delà des mots qu’il griffonne, sa vision du monde et son inspiration font le poète. Elles sont aussi le poème.

Paterson n’est pas un film sur l’écriture. C’est une poésie sur l’âme du poète. Une comédie douce qui convoque incongruité et second degré et parvient parfois à amadouer. Le pari n’était pas gagné. Avec ce grand rien répétitif à outrance, Jim Jarmush réalise un exercice aussi loufoque que difficile. On a de quoi être décontenancé. L’absence d’un scénario plus élaboré est un vrai handicap plus qu’un coup de génie. On aurait aimé suivre une histoire plutôt qu’un almanach aux relents insipides. Heureusement, la photographie recherchée, le ton inattendu et inspiré du film ainsi que le casting sauvent le film.

Paterson demeure une insondable promenade au pays de la poésie qui nous impose un dilemme : a-t-on aimé ou non ? Impossible de trancher.

Ce film a été présenté en Compétition officielle au 69e Festival de Cannes (2016).

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PatersonPaterson vit à Paterson, New Jersey, cette ville des poètes – de William Carlos Williams à Allan Ginsberg aujourd’hui en décrépitude. Chauffeur de bus d’une trentaine d’années, il mène une vie réglée aux côtés de Laura, qui multiplie projets et expériences avec enthousiasme et de Marvin, bouledogue anglais. Chaque jour, Paterson écrit des poèmes sur un carnet secret qui ne le quitte pas…

Sortie : 21 décembre 2016
Durée : 1h55
Réalisateur : Jim Jarmusch
Avec : Adam Driver, Golshifteh Farahani, Kara Hayward
Genre : Drame

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Note
Originalité
Scénario
Réalisation
Jeu des acteurs
Gaël Bissuel
Gaël a créé Publik'Art en 2009. Notaire de formation, il est responsable de la rubrique BD et gère l'administration du site (webmaster). Il vit dans le sud de la France d'où il anime le webzine avec les membres de la rédaction, présente sur la majeure partie de l'hexagone : Paris, Bayonne, Montpellier, Lille, Lyon.

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