[Rencontre] Les coups de crayons de Phil Umbdenstock au Festival YAKA !

1er festival Yaka à Montblanc dessinateurs presse dont Phil Umbdenstock

 

Vous ne le connaissez pas encore ? Alors, vite, allez combler vos lacunes! Phil Umbdenstock est suivi depuis longtemps par une cohorte de fans de tous âges et vous risquez – pour votre plus grand bien – d’être contaminés ! Tel un compagnon, l’artiste alsacien poursuit son tour de France annuel des petits et grands salons . Du vendredi 21 au dimanche 23 août , il se pose à Montblanc pour la première édition du festival YAKA organisée par Les Anartistes.

Emile Jacotey
Emile Jacotey

Un Phil d’actualité passionnant, lucide

Dessinateur de presse, caricaturiste, fantassin du crayon, Phil depuis 40 ans sévit dans le milieu de la presse. Attention, l’artiste est un éternel jeune homme toujours à l’écoute des battements de coeur du monde ! Ses crayons de la colère ou d’humour pas drôle esquissent des traits de lucidité, cris contre les injustices, la bêtise humaine. Ils sont souvent les porte-voix des laissés-pour-compte, mais aussi tracent des pourtours de pleurs, de rires, de tendresse infinie. On connait Phil surtout pour ses superbes illustrations des albums du groupe rock légendaire Ange, depuis la genèse de celui-ci mais il est également concepteur d’affiches, de cartes, disques, livres ainsi que les dessins de presse DNA. Alsace pour les rubriques sociopolitiques et tout récemment psychologie. Boulimique de travail, engagé, il dessine aussi pour des associations caritatives, tout le passionne, surtout l’humain.

Il n’en finit plus de participer à des concours internationaux desquels il ressort avec une récompense comme cet hiver.”J’adore les concours. Celui que tu évoques s’est déroulé cet hiver à Copenhague. Ici, avec l’Ukrainien on est deux à être invités sur 90 participants dont 30 sélectionnés, il y a premier prix et deuxième prix qui sont affichés

Nous avons donc rencontré Phil le 13 juin dernier lors du concours international de caricatures organisé par le caricaturiste Jean-Michel Renault dans le cadre du forum international Desertif-actions sur le climat. Ce fut un franc succès. Il s’est vu décerner le deuxième Prix pour “son arbre “des mains de l’ancien ministre J.C Gayssot au Musée Fabre de Montpellier (le 1er prix a été remporté par l’ukrainien Oleksiy Kustovsky. pour l’affiche “du semeur)”. “Pour ce prix, j’ai été prévenu tard. On m’a appelé pour me demander si je pouvais venir à Montpellier, que j’avais gagné un prix et que l’on me défrayait les frais de transport et d’hébergement, donc j’ai dit oui, mais je ne savais pas que ce village desertif’actions existait, la remise des prix par Jean-Claude Gayssot a eu lieu au Musée Fabre “.

SAMSUNG
L’Arbre

Encore une fois, avec le thème de l’arbre, la mappemonde, le dessin traitant de la désertification, on retrouve la “patte” du cinquième ange (pour les fans qui connaissent les pochettes du groupe, suivez mon regard…).“C‘est un thème assez large qui m’a évoqué tout de suite l’arbre et bien sûr la mappemonde. C’est un thème en plus que j’ai déjà travaillé même sur une pochette d’Ange (Sève qui peut, Captaine coeur de miel, les larmes du Dalaï Lama, le bois travaille le dimanche…).il y a des bouts d’arbres …Donc forcément à un moment tu adaptes l’idée au thème de façon plus précise parce que là, j’ai rajouté une feuille. Il n’y plus qu’une feuille d’ailleurs parce que le désert, et aussi j’ai pensé : celle-là il faut faire gaffe que si elle tombe c’est mort, il en reste qu’une. eh il y a des gens qui m’ont dit :”elle est bien bouffée, je m’en étais pas rendu compte et c’est vrai qu’elle est déjà bien bouffée..ah ah!”

Quand on lui demande si pour ce concours il n’avait envoyé qu’un seul dessin, il répond qu’il en avait envoyé plusieurs dont l”angélus (inspiré de Millet). “Les deux sont d’ailleurs exposés. J’avais complètement oublié l’existence de ce concours. Puis j’ai reçu un mail m’annonçant que j’avais gagné.”

J’aime bien faire du dessin si celui-ci en plus fait sourire, pas rire, non, je précise, mais sourire sur des sujets graves et déclencher un truc, inciter à méditer… 

Angelus

Ardent défenseur du développement durable, et engagé auprès de multiples associations d’aide humanitaire – il réalise depuis toujours beaucoup d’affiches, de dessins dénonçant la misère, les conflits, les droits des enfants, les sans domiciles…donc ce festival désertifications ne pouvait que rejoindre ses idées, ses coups de crayon. “J’aime bien faire du dessin si celui-ci en plus il fait sourire, pas rire, non, je précise, mais sourire sur des sujets graves et déclencher un truc. Inciter à méditer… Après l’étincelle est-ce qu’elle sert à quelque chose, j’en sais rien. Elle peut s’éteindre tout de suite après mais je m’en fiche. Si les gens qui passent, tiltent ne serait-ce que deux ou trois secondes peut être que ça les interpelle c’est déjà bien. Mais pourquoi ça se déclenche pas plus je ne sais pas. C’est un métier étrange que je fais.

Aujourd’hui si j’ai un conseil à donner par exemple à mon gamin qui lui est aussi dessinateur, Jack, c’est que les prix pratiqués actuellement au sein de l’Europe te permettent, avec l’impression numérique d’éditer toi-même ton bouquin.

La démocratie ne s'use que si on ne s'en sert pas. Extrait de dessin d'humour pas drôle tome 2. P. Umbdenstock
La démocratie ne s’use que si on ne s’en sert pas. Extrait de dessin d’humour pas drôle tome 2. P. Umbdenstock

Le désintérêt des maisons d’édition

“Les éditions “La vague” n’existent plus. Finalement ça ne m’intéresse même plus de trouver un éditeur. Aujourd’hui si j’ai un conseil à donner par exemple à mon gamin qui lui est aussi dessinateur, Jack, c’est que les prix pratiqués actuellement au sein de l’Europe te permettent, avec l’impression numérique d’éditer toi-même ton bouquin. C’est à dire qu’avec un petit tirage de 500, si tu arrives à vendre 150 bouquins, tu payes l’imprimeur. Alors faire ça avec un éditeur qui va te mettre 10000 bouquins,  quand tu touches 10% des bouquins vendus. Le seul créneau qui marchait c’était la bande dessinée, pas les caricatures. Donc la solution, finalement, c’est de faire des salons d’être invité à des endroits. Mais aujourd’hui si je fais un 3ème bouquin, je le fais tout seul. Je ne le dépose plus en librairie ou alors si le libraire accepte que je vienne avec mes bouquins, il prend ses 30% mais je n’aurai plus un circuit de distribution. Mais la majorité des libraires ne jouent plus le jeu non plus, enfin peuvent-ils encore ? j’en sais rien. A mon avis le circuit traditionnel est mort. Donc il vaut mieux faire des bouquins à petits tirages que tu vends tout seul. Le seuil d’amortissement c’est 150 bouquins. Là tu es sûr des les vendre ceux-là, les copains, la famille, les amis,… Après il ne faut pas espérer en vivre, c’est un peu comme la musique : ça te permet, en général, les salons où l’on est invité, donc défrayé, hébergé à l’hôtel ou chez l’habitant donc c’est opération zéro. Tu viens, tu es nourri, si tu vends 10 bouquins, ou seulement un, tu n’y perds pas. Eventuellement tu peux gagner des lecteurs, des discussions, des rencontres, parfois des collaborations. Mais il ne faut pas se dire qu’en faisant un bouquin on va remplir son frigo. Il ne faut pas rêver.”

Hiroshima - 70 ans
Hiroshima – 70 ans

Etre au bon endroit, au bon moment

Lorsque le public, artistes, journalistes, découvrent les croquis de Phil, leur réaction est toujours la même, ils les ressentent comme des révélateurs, des évidences. “Effectivement ça leur parle, sauf qu’il y a des métiers artistiques qui fonctionnent avec… des reconnaissances. C’est à dire que quand un jeune acteur reçoit une palme ou autre, automatiquement les scénarios arrivent. Dans mon métier, j’ai gagné des prix multiples. Je me disais que les rédacteurs en chef seraient à l’affut de se dire tiens ce mec a gagné pas mal de trucs, on va essayer de bosser avec lui. Or ça ne se passe pas du tout comme ça. C’est une espèce de paresse toute simple. Chaque rédacteurs en chef connait un réseau de copinage et ça fonctionne ainsi. Pour moi dans le monde du journalisme, la notoriété et le talent ça n’a rien à voir. En général les gens reconnus sont talentueux mais il y a ce phénomène de réseaux. Etre au bon endroit, au bon moment. Maintenant peut être que je n’ai pas fait les efforts pour être au bon endroit, au bon moment ? ça aussi, tout se décide à Paris, la Presse Nationale, la culture. Moi je me suis toujours dit que je n’étais pas assez outillé pour aller là-bas. C’est inexplicable, depuis toujours le fait de monter à Paris pour réussir existe. Ce qu’il faut faire c’est être à paris, de temps en temps, au bon moment, au bon endroit après, tu peux repartir bosser chez toi mais revenir régulièrement dans des endroits où il faut être parce qu’on te présente un tel. C’est les réseaux. Maintenant moi j’atteints un âge où je m’en contrefiche.”

La qualité esthétique du dessin a de l’importance.

Un air de famille

“Il nous arrive de travailler ensemble mon fils et moi. Nous avons en effet le même humour mais pas le même coup de crayon, non : on s’éloigne et c’est bien. Disons que Jak a la même façon de travailler que celle de Jean-Michel (Renault ndlr) et Riss de Charlie Hebdo. C’est davantage tourné vers le dessin, avec les détails. Lui comme moi et Jean-Michel, la qualité esthétique du truc a de l’importance. Aujourd’hui dans le dessin de presse et dans le dessin d’humour, les gens, la mode voudraient le dessin jeté, spontané, 3 traits, une bulle, donc quand tu bosses comme moi comme Jean-Michel ou mon gamin, on est connoté un peu vieux, c’est de l’ancienne école et je pense qu’aujourd’hui on est plus trop publié parce que le journal aurait peur de passer pour un journal passéiste, rétrograde, parce que dans l’air du temps il faut du graphisme, du sobre. Tu sais il y a plein de paramètres qui doivent être en jeu. C’est une explication que j’essaie de te donner mais je suis pas sûr que ce soit la bonne. Il y en a plus des dessinateurs qui se font chier à faire des ombres, des hachures, des couleurs, des formes… Je pense que c’est dans l’air du temps parce que les gens ne prennent plus le temps de regarder. Ils zappent vachement vite d’une image à une autre. Donc à quoi ça sert de se faire chier à mettre des détails puisque le mec va regarder seulement 3 secondes. Je crois qu’il y a des gens qui pensent comme ça. Après il y a d’autres personnes qui vont prendre le temps de regarder mais ceux-là sont plus rares. “

Hommage à Charlie Hebdo par Phil UmbdenstockCharlie

En hommage aux dessinateurs de Charlie Hebdo qu’il connaissait bien – Tignous – par exemple, Phil a effectué un émouvant dessin, un buste de Marianne, entaché de sang, un crayon à terre. Celui-ci est paru  d’ailleurs dans plusieurs journaux dont NDLR du Club de la Presse de Montpellier. Il est ami depuis longtemps avec Coco de C.H, Phil est encore sous le choc. “Impossible d’expliquer ce qu’on ressent après ça, il n’y a pas de mots… Le premier moment de stupeur passé, et pour ne pas trop y penser, on a tous essayé de faire des dessins, un peu cucul, un peu concon, forcément… Je n’ai pas vraiment été menacé, quelques insultes sur le net par de courageux anonymes et des lettres à la maison… par des intégristes évangéliques qui m’ont écrit qu’ils prieraient pour mon salut, malgré mes dessins, donc pas vraiment des menaces (sourires)”.

Journée Mondiale des réfugiés
Journée Mondiale des réfugiés

L’avenir du dessin de presse

” Si je parle sérieusement, pour moi, le dessin de presse professionnel est mort… les seuls supports qui nous payaient (la presse écrite) sont entrain de disparaître. Il y aura bien sûr toujours de la place sur le net, pour le dessin de presse et le dessin satirique, mais on ne pourra plus vivre grâce à cet art, c’est d’ailleurs déjà de plus en plus difficile, voir quasiment impossible… et ce n’est pas la multiplication des procès qui va favoriser la reprise de nos activités. Les journaux de presse régionale, déjà par nature peu frileux, réfléchissent à deux, voire trois fois avant de nous publier.” 

Visionnaires,  les dessins de Phil sont ironiques. Il est en quelque sorte le Desproges du crayon, ou Serre , mais comme nous l’avions dit en amont de ce focus, ils sont aussi poétiques, engagés contre la pauvreté, le racisme, l’homophobie, la pédophilie,  la malbouffe, les injustices , réalistes, profondément humanistes et requièrent  une lecture du 2è degré. “Il y a toujours beaucoup de réticences concernant tout ce qui touche aux religions… Et j’espère surtout qu’il n’en sera jamais autrement, des dessins de presse qui ne dérangeraient personne n’auraient aucune raison d’être…” Concernant le processus créatif Phil s’exclame :”Impossible de t’expliquer comment ça vient et pour la technique, je ne pense pas qu’il soit utile d’approfondir, seul le résultat est important. Ca t’as fait marrer ? Ca t’as fait réfléchir ?“.

Phil_Umbdenstock

A propos de Ange, Phil me confie qu’ en ce moment Christian (Décamps ndlr) est en train de penser à un nouvel album et tous les deux vont continuer de travailler ensemble sur ce projet. Donc, à suivre…

Parmi les grands caricaturistes invités par Yaka, Phil dédicacera ses ouvrages et présentera son exposition “Fête de l’Huma“, soit une cinquantaine de dessins. L’esprit aussi aiguisé que son crayon, c’est avec une étincelle dans les yeux que le discret mais non moins chaleureux artiste viendra à votre rencontre avec une humilité, une gentillesse sans pareille. Si vous voyez un type sympathique, rock, à la chevelure poivre et sel, des lunettes à la John Lennon, vêtu de jean, avec une petite tête de mort en guise de boucle d’oreille, avec un sourire doux, tenant un stylo prêt à esquisser des croquis, assis derrière ses piles de livres, et devant une cinquantaine de dessins, c’est bien Phil ! à corps et à traits mais heureusement pour nous tous, pas prêt de mettre un point final.

Propos recueillis par Fabienne Durand

Du 21 au 23 aôut au Festival Yaka de Montblanc. pour les autres dates dont la fête de l’Huma voir sur fb : https://www.facebook.com/phil.umbdenstock.

Fabienne Durand
Ancienne danseuse de Ballet contemporain, ex- documentaliste , art-thérapeute et journaliste pigiste culture - psy dans divers magazines, et webzines, , pigiste à Art dans l'Air, revue D'art (plastiques) contemporain en Languedoc Roussillon, Fabienne a déjà écrit 2 articles pour Publik'Art en 2010. Passionnée par l'art, la danse, la musique sous toutes ses formes avec une prédilection rock, progressif et folk, bref l'art et l'humain sont depuis toujours est ses raisons d'être. Elle vit à Montpellier qu'elle affectionne depuis toujours. Elle sort aux vernissages, ballets, concerts, , théâtre, conférences, et fait partager ses coups de cœur à d'autres passionnés...

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