Rocco ou la psychanalyse (forcée?) d’une icône du porno

Rocco
Rocco, film de Thierry Demaizière et Alban Teurlai

Rocco ou la psychanalyse (forcée?) d’une icône du porno

On ne présente plus Rocco Siffredi. Son image d’acteur à la plastique avantageuse et aux performances répétées est sortie du cadre du X pour infiltrer la sphère publique jusque dans les médias traditionnels qui l’ont érigé en icône virile absolue. L’acteur italien polyglotte évoque dans ce documentaire son métier et ses démons, passant de l’un à l’autre sans sas de décompression. Sa parole alterne avec les commentaires de ses proches et des scènes, certes subtilement escamotées, mais qui donnent une idée assez précise de son quotidien. Le déballage intime se veut sans concession mais met finalement mal à l’aise. La frontière entre la confession honnête et le spectacle chorégraphié est difficile à discerner, la faute à une plongée dans l’univers du X qui mélange (complaisamment?) full frontal et psychologie, interrogeant surtout sur la schizophrénie de cet univers.

Un acteur XXL

Des centaines de films, des milliers de partenaires et une fortune confortable ont construit la légende d’un acteur devenu une institution. Rocco Siffredi explique par le détail son obsession du X, n’éludant pas des détails scabreux qui interrogent sur ce qui relèverait presque de la pathologie. Pour durer aussi longtemps dans un milieu connu pour sa dureté,  il a choisi de laisser libre cours à ses pulsions devant la caméra tout en restant un homme amoureux de sa femme et équilibré (?) en dehors des écrans. Tandis qu’il décide de clore en beauté sa carrière avec un dernier film testament, les réalisateurs l’accompagnent de la Californie à la Hongrie en passant par l’Italie et la France pour cerner le mystère Siffredi.

Une psychothérapie pompeuse

Le film ne peut éviter de montrer l’objet du délit, ce membre proéminent à l’origine de sa légende et de sa malédiction. Car l’acteur parle de démons et de malédiction pour expliquer son destin, ne cachant pas sa violence viscérale et sa volonté d’abroger les limites avec ses partenaires. Le documentaire choisit néanmoins d’en montrer le moins possible, n’évitant certes pas l’interdiction au moins de 16 ans mais ne versant que rarement dans le déballage scabreux. Mais il faut bien le reconnaitre, il est avant tout question de films pour adultes, pas de poésie. Donner la parole à un acteur qui enchaine plus les performances physiques que les dialogues d’auteur a quelque chose d’incongru. Comme si à force de ne jamais trop en dire, il se sentait obligé de casser son image. Son cousin réalisateur est roulé dans la gadoue de manière continue et sa femme respecte son besoin d’expression physique insatiable. Est-ce suffisant pour légitimer un documentaire parfois à la limite du supportable avec ces actrices qui déclarent assumer leur indépendance tout en étant livrées au plaisir masculin? Les discussions sur la dialectique maitrise/servitude laissent songeur, interrogeant encore et toujours sur la part de refus psychologique de leur destin.

Le documentaire n’est pas à une contradiction près et aurait pu se contenter d’un déballage verbeux plutôt que plonger si complaisamment dans un univers pas si rose que ça. Sans cacher la croix de son destin d’obsédé sexuel, Rocco évolue entre ombre et lumière pour un moment de vérité qui laisse sceptique.

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Rocco
Rocco

Rocco Siffredi est à la pornographie ce que Mike Tyson est à la boxe : une légende vivante. Sa mère aurait voulu qu’il soit curé, il est devenu acteur porno avec sa bénédiction, consacrant sa vie à un seul dieu : le Désir.
En trente ans de métier, Rocco Siffredi aura visité tous les fantasmes de l’âme humaine et se sera prêté à toutes les transgressions. Hardeur au destin exceptionnel, Rocco plonge dans les abîmes de son addiction au sexe et affronte ses démons dans ce documentaire en forme d’introspection. Le moment est aussi venu, pour le monstre sacré du sexe, de raccrocher les gants.
Pour tourner la dernière scène de sa carrière, Rocco a choisi ce documentaire. Une galerie de personnages – famille, amis, partenaires et professionnels du porno – l’accompagne jusqu’à cette sortie de scène spectaculaire.
Des repas de famille à Budapest aux tournages de films pornographiques à Los Angeles, des ruelles italiennes d’Ortona aux villas américaines de la Porn Valley, le film déroule l’histoire d’une vie hantée par le désir et révèle en filigrane les coulisses du X, derrière le scandale et l’apparente obscénité.
À l’heure où la pornographie sort de la clandestinité, envahit le cinéma traditionnel, la mode et l’art contemporain, c’est un univers à part entière, filmé au plus près, qui se dévoile à travers le parcours de Rocco Siffredi.

Sortie : le 30 novembre 2016
Durée : 1h43
Réalisateur : Thierry Demaizière, Alban Teurlai
Avec : Rocco Siffredi, Rozsa TanoGabriele Galetta
Genre : Documentaire

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Note
Originalité
Qualité des témoignages
Intérêt du documentaire
Stanislas Claude
Rédacteur ciné, théâtre, musique, BD, expos, parisien de vie, culturaddict de coeur. Fondateur et responsable du site Culturaddict, rédacteur sur le site lifestyle Gentleman moderne. Stanislas a le statut d'érudit sur Publik’Art.

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