En matière de cinéma exigeant et sans concessions, David Cronenberg a su imposer son univers très personnel depuis son premier film Stereo sorti déjà en 1969. Avec Scanners réalisé en 1981, ce fut pour lui l’occasion de bénéficier de moyens confortables et de jouer dans la cours des grands, lui permettant de toucher une plus large audience et surtout d’assouvir ses ambitions en matière de cinéma dérangeant. Avec cette intrigue horrifique sur les dangers d’une science mise entre de mauvaises mains, il livre un thriller technologique implacable interprété par une belle cohorte d’acteurs illustres, notamment le trop rare Michael Ironside et le Prisonnier revenant Patrick McGoohan. Beaucoup de morts et d’hémoglobine dans cette ultime variation d’un adage Science sans conscience qui a rarement semblé autant d’actualité.

De l’action et de la réflexion

Le postulat de départ fait froid dans le dos. Certains humains détiennent de mystérieux pouvoirs télépathiques qui leur permettent de prendre le contrôle d’autres esprits en les scannant. Quand le méchant du film Daryl Revok apparait comme une menace mortelle pour une compagnie industrielle désireuse de commercialiser un mystérieux produit à destination des femmes enceintes, le ton est donné avec une image marquante du film, cette tête qui explose littéralement, dévoilant dès le départ les intentions troubles du personnage interprété par le toujours très bon et trop rare Michael Ironside. Un peu comme le Joker dans tous les Batman, chacune de ses apparitions à l’écran marque un tournant dans le film, le hissant à un niveau que les autres personnages ont du mal à approcher. Notamment le vrai héros du film interprété par le presque insipide Stephen Lack avec un combat final rempli d’images dérangeantes de corps en déliquescence. La théorie du complot n’est plus ici l’œuvre d’un état omnipotent mais d’une firme capitaliste, soulignant le danger représenté par des firmes échappant à tout contrôle national. En 1981, Cronenberg anticipait le ton de notre société contemporaine où les états sont devenus moins puissants que les plus grandes entreprises. Les décors du film faits de pièces blanches aseptisées et de longs couloirs monochromes ajoutent à cette impression d’asservissement généralisé à des objectifs qui dépassent les individus. Le médicament produit ici par la firme Consec, l’Ephémérol, a d’ailleurs des effets secondaires qui rendraient justice à n’importe quelle théorie du complot développée sur les réseaux sociaux du XXIe siècle. Cette paranoïa généralisée est décuplée par une violence qui surgit comme par surprise à intervalles réguliers, à coups de prises de contrôle télépathiques douloureuses ou de gunfights pétaradants. Si l’esthétique du film peut paraitre aujourd’hui quelque peu datée, elle n’empêche pas d’apprécier l’esprit visionnaire du réalisateur qui a fait le choix de coller à son époque et de ne pas anticiper le futur avec des décors qui pourraient aujourd’hui paraitre quelque peu kitsch et désuets. Il colle à la réalité et imagine un complot industriel au cœur de la société américaine, avec des êtres spéciaux évoluant au beau milieu d’une population ignorante de leur existence. Des thèmes presque mythologiques permettent de plus à l’intrigue de toucher des sommets, comme ce combat final fratricide qui en rappelle tant d’autres (Cain et Abel, Romulus et Remus, Étéocle et Polynice, et tant d’autres…), rappelant que Cronenberg connait ses classiques et sait comment toucher le spectateur.

En s’inspirant d’un cas réel de scandale sanitaire au Canada dans les années 1940 où une firme a donné à des femmes enceintes un produit non testé avec pour conséquence des malformations chez les nouveaux nés, Cronenberg a réalisé un nouveau classique qui ne dépareille pas dans sa filmographie riche en films dérangeants. Le film pourra être visible en salles le 19 août dans une version copie neuve qui n’a pas perdu son pouvoir de séduction auprès des spectateurs. A découvrir ou redécouvrir d’urgence donc!

Synopsis: Cameron Vale est un télépathe qui vit en marge de la société. Repéré par la ConSec, société secrète qui mène des recherches sur ce type d’individus nommés “scanners”, il apprend auprès du Docteur Ruth à domestiquer son pouvoir. Cameron est alors chargé de localiser Daryl Revok, un scanner qui organise à échelle industrielle un trafic d’Ephémérol : une substance chimique dangereuse destiné aux femmes enceintes…

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