A l’heure où un nouveau conflit a une fois de plus embrasé le Haut-Karabakh avec son lot de victimes arméniennes et azerbaidjanaises, le film Si le vent tombe raisonne de manière spéciale. Cette histoire d’auditeur international venu vérifier qu’un petit aéroport situé sur ce territoire disputé entre deux nations peut ouvrir malgré la proximité des pays limitrophes ressemble aujourd’hui à un aveu d’impuissance des grandes puissances internationales pour empêcher l’étincelle de la colère d’embraser les deux pays. Les faits récents lui donnent raison, hélas.

L’ombre d’une guerre inévitable

Le personnage principal interprété par Grégoire Colin ressemble d’abord à un fantôme quand il débarque sur cet aéroport minuscule d’où rien ne décolle et sur lequel rien n’atterrit. Le lieu a tous les atours d’un lieu maudit et son audit doit conclure sur la viabilité de la structure pour fonctionner en toute sécurité. Le réalisateur Nora Martirosyan fait intervenir les esprits de la guerre pour donner à tous les personnages une duplicité criante. L’intérêt pour le territoire est avant tout d’exister et de trouver sa place sur les cartes grâce à un aéroport connecté aux grands pays étrangers, malgré les risques. La réalisatrice fait plonger le spectateur dans un univers ubuesque, avec ces paysages majestueux et ces personnages aveugles. Car les frontières sont proches et seul l’auditeur semble avoir conservé son sens commun là où tous les autres préfèrent croire à des chimères. Il rencontre une journaliste, un ancien soldat, le directeur de l’aéroport, un chauffeur et tous semblent mystérieux, la guerre est un risque, mais elle est lointaine et proche à la fois. Le personnage le plus réel est ce jeune garçon qui va chercher de l’eau dans l’aéroport, le transformant en allégorie de l’espoir de paix par delà les craintes enfouies. Hélas, la réalité a dépassé l’imaginaire et la guerre est réapparue, avec son lot d’exactions et de souffrances.

Si le vent tombe peut sembler aujourd’hui anachronique, mais il peut aussi être considéré comme un reflet fidèle de cette envie très humaine de croire en l’avenir par delà les risques de guerre. Et comme la poésie n’est jamais très loin dans cette oeuvre minuscule, le film mérite d’être vu. La sortie en salles est aujourd’hui reportée, il sera visible prochainement.

Synopsis: Alain, un auditeur international, vient expertiser l’aéroport d’une petite république auto-proclamée du Caucase afin de donner le feu vert à sa réouverture. Edgar, un garçon du coin se livre à un étrange commerce autour de l’aéroport. Au contact de l’enfant et des habitants, Alain découvre cette terre isolée et risque tout pour permettre au pays de s’ouvrir.

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