Silvio et les autres ou l’Italie fantasmée, kitsch, fantaisiste

Silvio et les autres
Silvio et les autres, film de Paolo Sorrentino, Copyright Gianni Fiorito

Silvio et les autres ou l’Italie fantasmée, kitsch, fantaisiste

Chaque nouveau film de Paolo Sorrentino créée une attente grandissante auprès d’un public de plus en plus large. Depuis le choc Il Divo en 2008, le réalisateur transalpin suit le sillon d’un cinéma ambitieux, exigeant et généreux. Avec pour résultat des succès publics comme La Grande Bellezza et des films qui ont un peu plus divisé comme Youth. Silvio et les autres ne va une fois de plus pas mettre tout le monde d’accord tant le film mélange les rythmes et les intrigues dans un déroulé inutilement tortueux. Au final, les commentaires entendus en sortie de salle évoquaient un film ennuyeux et paresseux. Il y a un peu de ça.

Un film dur à cerner

La bande annonce annonçait un sommet de kitsch et d’outrance. Le film commence sur des bases conformes aux attentes avec un jeune ambitieux (Riccardo Scamarcio) décidé à s’élever socialement à coup de fêtes vertigineuses peuplées de nymphes aussi aguichantes que droguées. Les 20 premières minutes flirtent avec une certaine vulgarité, en lien certes avec les attentes créées par la bande annonce mais à la vacuité vertigineuse. Le héros n’apparait qu’au bout d’un certain temps pour ne plus quitter l’écran. Et le rythme baisse bien vite tant ce Silvio Berlusconi semble avoir perdu de sa superbe. A 70 ans, les cheveux teints, le visage comme un masque de clown perpétuellement souriant, exilé dans son palais de Sardaigne, en conflit avec son épouse, il imprime au film un ton de décadence fatiguée. Jusqu’à user quelque  peu les patiences. Le réalisateur le montre errer dans sa propriété, tenter une fête semblable à celles des jours anciens fastueux mais rien n’y fait, Berlusconi n’est pas ouvertement critiqué, juste travesti en mort vivant accroché à ses fastes d’antan. En cela, le film tangue entre cupidité, luxure et impuissance. Et peine à s’élever à des moments qui puissent le rendre mémorable. Les spectateurs sortent fatigués d’un film lent et indolent aux visées un peu maladroites. Une critique en règle aurait été plus directe, un contexte plus varié aurait peut être mieux touché sa cible. Car oui, le réalisateur veut filmer une critique politique et sociale d’une classe sociale puissante mais vide, en rendant certes son héros légèrement sympathique mais engoncé dans son faciès de pantomime en cire. Les intentions manquent de clarté, les péripéties manquent d’ampleur. C’est une déception. Toni Servillo est grimé à l’excès, il ballade trop souvent son regard vide sur ses possessions matérielles sans plus rien ressentir, il manie l’humour potache qui tombe à plat avec dextérité mais rend son personnage ni vraiment flamboyant ni vraiment ridicule. Tout juste humain, finalement. Si les autres sont les femmes faciles, les collaborateurs velléitaires et les regrets nostalgiques, ils prennent beaucoup de place, pour rien.

Silvio et les autres est un film pas bien fini, le réalisateur a certainement eu peur d’attaquer trop frontalement il Cavaliere, il préfère le rendre nostalgique de ses fastes anciennes et abandonné de tous comme un châtiment divin à son arrogance. Les excès du film avec les femmes outrageusement dénudées et aguicheuses lassent autant que les langueurs impavides d’un géant devenu rachitique. Le film n’est finalement pas le film définitif sur l’homme le plus riche d’Italie.

SYNOPSIS ET INFOS

 

Silvio et les autres
Silvio et les autres

Il a habité nos imaginaires par la puissance de son empire médiatique, son ascension fulgurante et sa capacité à survivre aux revers politiques et aux déboires judiciaires. Il a incarné pendant vingt ans le laboratoire de l’Europe et le triomphe absolu du modèle libéral après la chute du communisme.
Entre déclin et intimité impossible, Silvio Berlusconi incarne une époque qui se cherche, désespérée d’être vide.

Sortie : le 31 octobre 2018
Durée : 2h38
Réalisateur : Paolo Sorrentino
Avec : Toni Servillo, Elena Sofia Ricci, Riccardo Scamarcio
Genre : Biopic, Drame

BANDE ANNONCE

Note
Stanislas Claude
Rédacteur ciné, théâtre, musique, BD, expos, parisien de vie, culturaddict de coeur. Fondateur et responsable du site Culturaddict, rédacteur sur le site lifestyle Gentleman moderne. Stanislas a le statut d'érudit sur Publik’Art.

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