Steve Jobs, film fascinant de Danny Boyle

Steve Jobs
Steve Jobs : Photo Makenzie Moss, Michael Fassbender ©François Duhamel

Steve Jobs, film fascinant de Danny Boyle

Danny Boyle ressuscite Steve Jobs sous les traits de Michael Fassbender dans un biopic grisant. Hyper pointu et ultra scénarisé, ce Steve Jobs impressionne par sa maitrise du temps et de l’espace. Et comme chaque réplique vaut son pesant d’or, les 2 heures de film sont un enchantement et passent dans un souffle (coupé). La simplicité de l’intrigue tranche avec la profondeur des situations. Pas un seul mot ne semble être exprimé au hasard, tout l’édifice du film est d’une rigueur prodigieuse. Un vrai plaisir de cinéphile à voir plusieurs fois.

Danny Boyle ressuscite le gourou d’Apple dans un biopic forcément subjectif et romancé mais complètement fascinant. La ressemblance avec un des meilleurs films des 10 dernières années, The Social Network pour ne pas le nommer, est tout sauf fortuite. Même scénariste, même musique stressante pour accompagner des discussions à batons rompues, mêmes personnages psychopathes. Jesse Eisenberg parvenait à rendre fascinant Mark Zuckerberg, Michael Fassbender ne fait pas moins avec un Steve Jobs perché sur sa montagne. Ce ne sont plus les généraux ou les héros qui fascinent les foules, mais les grands capitaines d’industrie. A quand un biopic sur un PDG de grand groupe du CAC 40 ? Les discussions tournent autour de la technologie, des résultats financiers, de la famille et du caractère de cochon de Jobs. Avec toujours un peu plus de profondeur tandis que le temps passe.

Danny Boyle plante sa caméra à 3 moments clés de l’existence de Steve Jobs. En 1984 tandis que le Macintosh est en cours de lancement, en 1988 quand Steve Jobs s’est fait éjecter d’Apple et présente un ordinateur concurrent et en 1998 lors du retour de l’enfant chéri au bercail pour le lancement du révolutionnaire Imac. Dans une fine progression scénaristique, les réactions et obsessions du personnage sont disséquées et analysées au regard de ses échanges avec les mêmes interlocuteurs. Steve Wozniack sous les traits de Seth Rogen, Joanna Hoffman sous les traits de Kate Winslet, Jeff Daniels en John Sculley et Michael Stuhlbarg en Andy Hertzfeld. Nul doute que le contenu des discussions n’est pas forcément exact, mais leur embellissement sert le scénario autant que l’étude des personnages.

[Michael Fassbender] incarne le créateur d’Apple avec une force extraterrestre

Dirigiste, intransigeant, impatient, le film brosse un portrait de Jobs sans concessions. Les grandes lignes sont brossées avec rigueur sans que les foules n’apprennent rien de nouveau. Non, tout l’intérêt du film tient dans les petits détails qui donnent de l’épaisseur. Ainsi que Steve Jobs n’était pas un ingénieur ni un marqueteur mais un visionnaire et un leader avant tout. Sa passion immodérée pour Bob Dylan, son obsession des détails, son gout pour la ponctualité, ses talents pour le design, les situations se multiplient pour montrer et démontrer. Et comme le fil rouge du film tourne autour de cette fille non reconnue qu’il rejette et attire en même temps, le film semble nous faire entrer dans son esprit. Si les réparties cinglantes s’enchainent dans une cadence hypnotique, c’est avant tout la restitution des contextes et des situations qui font le sel du film.

Les acteurs livrent une prestation de très haut niveau. Michael Fassbender fait très vite oublier qu’il ressemble moins à Steve Jobs qu’Ashton Kutcher avant lui. L’intensité de son jeu fascine, il incarne le créateur d’Apple avec une force extraterrestre. Kate Winslet démontre une fois de plus son talent inné pour le cinéma, faible et forte à la fois, toujours impeccable. Seth Rogen surprend dans sa prestation très sobre et souvent drolatique. Jeff Daniels ressort une performante rappelant son rôle dans Seul sur Mars, sérieux. Le plateau est resserré, les personnages interviennent avant les prestations publiques de Jobs. Inlassablement, il doit expliquer, se répéter mais le film se construit comme une suite de cercles concentriques qui se referment inexorablement sur lui. Son personnage est de plus en plus cerné par les sollicitations et il doit se dévoiler toujours un peu plus pour continuer d’avancer. Jusqu’aux révélations finales, réconciliations et rapprochements. Malgré tous ses efforts pour rester à distance, ses position de père, de collaborateur et de personnage public le forcent à se découvrir.

Ce Steve Jobs est un grand moment de cinéma comme seul sait en produire le cinéma américain. Théâtre filmé à coups de grands moyens, de travellings fluides et d’effets passionnants, ce cinéma n’est pas le premier du monde pour rien. Les américains savent filer une histoire dans une pelote de soie tissée d’or. Le film est une pépite qui ne demande qu’à être découverte. Plusieurs fois…

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Steve JobsDans les coulisses, quelques instants avant le lancement de trois produits emblématiques ayant ponctué la carrière de Steve Jobs, du Macintosh en 1984 à l’iMac en 1998, le film nous entraîne dans les rouages de la révolution numérique pour dresser un portrait intime de l’homme de génie qui y a tenu une place centrale.

Sortie : le 3 février 2016
Durée : 2h02
Réalisateur : Danny Boyle
Avec : Michael Fassbender, Kate Winslet, Seth Rogen
Genre : Biopic

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Note
Originalité
Scénario
Réalisation
Jeu des acteurs
Stanislas Claude
Rédacteur ciné, théâtre, musique, BD, expos, parisien de vie, culturaddict de coeur. Fondateur et responsable du site Culturaddict, rédacteur sur le site lifestyle Gentleman moderne. Stanislas a le statut d'érudit sur Publik’Art.

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