Abel Ferrara est un réalisateur qui a su se créer un univers, pas seulement cinématographique mais rempli de questions. Celui que beaucoup considèrent comme le bad boy du cinéma américain a tenté avec The Addiction de redéfinir l’univers des vampires, au cœur d’une société contemporaine vide et matérialiste. Il jonche son film de réflexions philosophiques sur l’importance toute relative d’être vivant, tellement important pour des êtres qui ne le sont plus. Et comme souvent, le film irrite et enthousiasme en même temps, ce qui est finalement une très bonne raison de le découvrir.

Des vampires et des hommes

Un film de vampires à New York, ça parait évident pour cette ville qui ne dort jamais. Les rencontres sont légion et ravissent des êtres qui aiment à s’abreuver à la carotide de leurs victimes. Quand Kathleen (Lili Taylor) est victime d’une prédatrice de la nuit, la jeune étudiante en philosophie traverse des tourments de fatigue et de langueur avant de devenir elle-même une chasseuse insatiable. The Addiction ajoute à cela la patte plastique ultra-stylisée d’Abel Ferrara. Bien que réalisé en 1995, le film est encore marqué par les eighties clinquantes remplies de néons. La nuit y est brillante et les journées y sont grises. Le budget limité du film concourt à en faire un exercice de style fauché même si attirant. Le casting varié fait intervenir Christopher Walken en vieux sage tout décidé à donner des clés à une héroïne perdue, à coup de citations définitives qui font quelque peu douter des intentions du réalisateur, jusqu’à le faire devenir kitsch par moments, presque sur le fil du rasoir. Une phrase comme Ce n’est pas parce que nous faisons le mal que nous sommes mauvais mais qu’au contraire, nous faisons le mal parce que nous sommes mauvais est suffisamment ambivalente pour en perdre certains. Un narrateur invisible donne des indices, et le père Robert Castle oriente l’héroïne vers la lumière. Il y a également Kant, Heidegger, Nietzsche et Sartre qui sont invoqués, faisant lentement dériver le film vers la récitation simpliste, preuve que le réalisateur a du s’aider pour trouver l’inspiration. L’héroïne étudiante en philosophie passe une grande partie du film à se construire, dans son corps de créature de la nuit et dans son esprit de jeune padawan, rien d’étonnant donc à voir défiler les noms de grands penseurs.

The Addiction est un cheminement langoureux parsemé de coups de dents. A ce titre, la petite fête finale qui vire au carnage restera pour beaucoup un summum de cinéma, entre folie destructrice et obligation naturelle. Entre le désir et le besoin, l’héroïne est tiraillée et le spectateur avec elle. Ce film concept sera diffusé en exclusivité sur le Vidéo Club Carlotta films du 10 au 14 juillet en version restaurée 2K, avant sa sortie prochaine au cinéma et en Blu-Ray / DVD.

Synopsis: Comment une jeune étudiante en philosophie de l’université de New York, passionnée de Nietzsche et de Heidegger, va basculer dans la violence et l’horreur pour finir dans la rédemption.

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