Un Feydeau à se tordre de rire au Lucernaire avec On purge bébé

On purge Bébé
On purge Bébé, mise en scène de Frédéric Jessua, Théâtre Le Lucernaire

Un Feydeau à se tordre de rire au Lucernaire avec On purge bébé

Ce n’est pas un hasard si Georges Feydeau est un des auteurs français les plus adaptés au théâtre. D’un canevas acerbe contre les conventions sociales et les petites mesquineries du quotidien bourgeois, il est possible voire conseillé de verser dans l’outrance la plus désopilante par la magie de comédiens en roue libre et casser le cadre figé et poussiéreux qui lui est habituellement attaché. On purge bébé fait partie de ces adaptations où la folie furieuse aboutit à un tourbillon de surenchère comique, ce que réussissent parfaitement les comédiens sur la scène du Lucernaire. Pas de minauderie ouatée ni de demi-mesure, le ton est à la farandole bidonnante pour une heure de spectacle irrésistible.

Une vraie pièce pour rire

Un couple bourgeois qui se dispute pour les prétextes les plus futiles au début du XXe siècle, tant de vaudevilles ont déjà exploré avec plus ou moins de bonheur le concept. Le couple Follavoine ne déroge pas à la règle avec Isabelle Jeanbrau et Nicolas Struve qui se chamaillent sans cesse avant que le noeud de l’affaire ne se révèle. Les répliques fusent à toute vitesse, le duo émerveille le public par son usage irréprochable de la langue et des postures compassées. La vérité obsède l’épouse autant qu’elle surprend le public. Car leur petit garçon chéri de 7 ans, prénommé bébé, est constipé. Ce qui pourrait paraitre aujourd’hui anecdotique avait une toute autre importance au début d’un XXe siècle où les règles basiques d’hygiène faisaient leur apparition. Et l’arrivée du-dit bébé sur scène sous les traits faussement poupins de Julia Mével finit d’achever le public. Car bébé refuse de boire le traitement réclamé à tort et à cris par ses géniteurs et la comédienne multiplie les simagrées alors que Monsieur Follavoine doit conclure une affaire de la plus haute importance avec Monsieur Chouilloux: vendre des pots de chambre en porcelaine incassable à l’armée français. Certains pourraient croire que le ton de la pièce est lapidairement au pipi caca, mais la mise en scène de Frédéric Jessua évite l’écueil. Et au contraire, la fameuse outrance arrache des torrents de rire à un public médusé par l’impasse créée par le fameux bébé qui finit par piéger les adultes par trop insistants. Julia Mével multiplie d’ailleurs les casquettes avec 3 rôles qu’elle interprète avec un usage immodéré de l’exagération. Le vaudeville quitte les rives de l’humour maniéré pour tenter une traversée dangereuse mais triomphante vers la pitrerie loufoque et ça lui réussit plutôt très bien.

On purge bébé dépoussière Feydeau et ose la surenchère. Le mélange de la langue ouatée et de la mise en scène exagérée est un succès dont les comédiens peuvent se féliciter. La pièce se joue jusqu’au 27 mai au Lucernaire pour un moment de rire fichtrement réussi!

Dates :  du 4 avril au 27 mai 2018, à 20h du mardi au samedi, à 17h le dimanche
Lieu : Le Lucernaire (Paris)
Metteur en scène : Frédéric Jessua
Avec : Isabelle Jeanbrau, Etienne Coquereau, Frédéric Jessua ou Léonard Bourgeois-Tacquet, Julia Mével, Nicolas Struve

Note
Originalité
Mise en scène
Jeu des comédiens
Texte
Stanislas Claude
Rédacteur ciné, théâtre, musique, BD, expos, parisien de vie, culturaddict de coeur. Fondateur et responsable du site Culturaddict, rédacteur sur le site lifestyle Gentleman moderne. Stanislas a le statut d'érudit sur Publik’Art.

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