Vice, de belles performances d’acteur pour un sujet pas vraiment cinématographique

©Annapurna Pictures

Adam McKay revient avec un nouveau sujet polémique après The Big Short sur la crise des subprimes en décrivant l’existence d’un grand homme de l’ombre des 50 dernières années de la politique américain. Qui connait vraiment Dick Cheney, vice-président omnipotent de la présidence de George W. Bush? Architecte de la politique extérieure d’une présidence marquée par la guerre en Irak et en Afghanistan, ce personnage taiseux est au centre de la narration, des effets visuels et d’une intrigue forcément réaliste, mais aussi critique, jusqu’à la caricature pour un film instructif (sous couvert d’un nécessaire esprit critique pour ne pas tout gober benoîtement) mais inutilement aride.

Un film qui se prend inutilement au sérieux

L’actualité est riche en cérémonies de récompenses et Christian Bale fait partie des favoris pour l’Oscar du meilleur acteur en compagnie de Rami Malek pour Bohemian Rhapsody. Et si la transformation physique est une fois de plus impressionnante, avec ce double menton, ce ventre proéminent, cet éternel air pincé accompagnant la tête penchée sur le côté, la question se pose du charisme du personnage. Car Dick Cheney est loin d’être un personnage cinématographique. Il se tait plus qu’il ne discourt, il observe plus qu’il intervient, c’est un tacticien hors pair mais pas une bête de scène. Adam McKay a beau commencer par montrer sa résurrection après un alcoolisme étudiant et un passage écourté à Yale, l’épisode n’apporte aucune empathie ou antipathie envers un personnage finalement mystérieux et aride, presque plat. Le réalisateur use et abuse de subterfuges visuels et narratifs pour capter l’attention du spectateur à l’aide d’un bel aréopage de rôles secondaires. Sam Rockwell en George W. Bush, Steve Carrell en Donald Rumsfeld et Amy Adams en Lady Cheney apportent cette touche d’humour et de glamour qui portent un film qui aurait certainement mieux valu monter en documentaire pour coller au sujet antisexy en diable. Car ce qui ressort avant tout du film, c’est une critique du système politique américain, peu enclin à se laisser barrer la route par des principes moraux ou des barrières démocratiques. L’intérêt des belligérants seul guide leurs actions, sans regard pour les victimes collatérales, les sommes folles en jeu ou les considérations morales. C’est un monde presque coupé de la réalité que décrit le réalisateur, et il fait froid dans le dos.

Vice était attendu pour sa démonstration d’abus antidémocratiques au sein même de l’administration américaine et pour une performance d’acteur digne des Oscars. C’est réussi de ce côté là mais le film ne parvient pas à passionner ni à donner envie de le revoir une seconde fois pour mieux comprendre d’obscurs passages. Le film est limpide, clair comme de l’eau de roche et forcément orienté. De quoi refroidir et laisser un sentiment final de facilité.

Note
Originalité
Réalisation
Jeu des acteurs
Plaisir de la séance
Stanislas Claude
Rédacteur ciné, théâtre, musique, BD, expos, parisien de vie, culturaddict de coeur. Fondateur et responsable du site Culturaddict, rédacteur sur le site lifestyle Gentleman moderne. Stanislas a le statut d'érudit sur Publik’Art.

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