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Yayoi Kusama, l’infini pour seule demeure

Yayoi Kusama, l’infini pour seule demeure
Yayoi Kusama Portrait, 2015 Acrylique sur toile 145.5 × 112 cm
© YAYOI KUSAMA Collection Amoli Foundation Ltd.

Yayoi Kusama, l’infini pour seule demeure

Yayoi Kusama est morte à 97 ans, le 14 août à Tokyo. La reine des pois, des miroirs et des citrouilles hallucinées s’en va, mais son vertige demeure.

Elle aura passé sa vie à combattre le vide en le remplissant. De pois. De fleurs. De miroirs. De couleurs. De répétitions jusqu’à l’obsession.

Chez Kusama, le motif n’est jamais décoratif : il prolifère, contamine l’espace, avale le réel. Un point devient mille, mille deviennent l’infini.

Et l’infini finit par dissoudre le corps. C’est là toute la fulgurance de cette artiste qui transforma ses hallucinations en une œuvre immédiatement reconnaissable.

La folie, la survie, la création

Née en 1929 à Matsumoto, elle part pour New York en 1957 et s’impose dans l’avant-garde avec ses « Infinity Nets », ses happenings et ses environnements obsessionnels.

Bien avant la mode de l’art immersif, elle avait compris que l’œuvre pouvait engloutir celui qui la regarde. Ses célèbres Infinity Mirror Rooms ont fait de cette disparition une expérience presque physique.

Face aux miroirs, aux lumières et aux points lumineux qui semblent se répéter sans fin, le spectateur devient une poussière dans une galaxie sans centre.

Le selfie contemporain y rencontre soudain une vieille angoisse métaphysique : que reste-t-il de nous lorsque tout se démultiplie ? Kusama n’a jamais séparé la folie de la création.

Après son retour au Japon en 1973, elle choisit de vivre dans un établissement psychiatrique tout en poursuivant inlassablement son travail. Elle peindra jusqu’à ses derniers jours.

Derrière les pois joyeux, les citrouilles acidulées et l’apparente fantaisie pop, il y a donc une œuvre beaucoup plus sombre. Une œuvre de survie.

Kusama ne peint pas l’infini : elle tente de lui échapper. Et c’est cette quête à travers tous ces pois qui fascine autant. Ils sont à la fois joyeux et inquiétants, enfantins et cosmiques, séduisants et menaçants.

Ils disent la répétition, l’obsession, la disparition. Ils disent surtout qu’un monde peut naître d’une peur, à condition de la transformer en beauté.

Il serait pourtant réducteur de ne retenir de Yayoi Kusama que ses pois.

Son véritable sujet est l’infini. Ou plutôt notre impossibilité à le saisir. Ses œuvres nous confrontent à une sensation étrange : celle d’être minuscules et pourtant essentiels, perdus dans l’espace et soudain happés par lui.

Chez elle, l’infini n’est jamais une abstraction froide. Il est organique, coloré, sensuel, parfois inquiétant. Il respire. Kusama n’aura finalement cessé de peindre la même chose : la disparition.

La disparition du corps dans les pois. La disparition du tableau dans la répétition. La disparition du spectateur dans le miroir. La disparition de l’artiste elle-même dans une œuvre qui semble vouloir lui survivre.

Elle continuait encore à peindre dans ses derniers jours, poursuivant inlassablement son exploration de l’amour, de l’âme et de l’infini. On pourrait alors croire que la mort vient mettre un terme à cette histoire.

C’est tout le contraire.

NOS NOTES ...
Intérêt
Si le droit mène à tout à condition d'en sortir, la quête du graal pour ce juriste de formation - membre de l'association professionnelle de la critique de théâtre de musique et de danse - passe naturellement par le théâtre mais pas que où d'un regard éclectique, le rédac chef rend compte de l'actualité culturelle.
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