A tort et à raison : les gammes de Michel BouquetMichel Bouquet et Francis Lombrail : un face à face sous haute tension

Après Le roi se meurt de Ionesco qu’il a joué pendant 5 ans, réinventant sans cesse sa partition en grand ordonnateur de son art, Michel Bouquet (90 ans) remonte sur les planches. Il reprend le rôle du chef d’orchestre allemand de renom, Wilhelm Furtwängler, accusé de collusion avec le régime nazi, dont l’acteur avait déjà prêté ses traits en 2001, dans une mise en scène de Marcel Bluwal.

Aujourd’hui, dirigé par Georges Werler, Il s’oppose à son accusateur (Francis Lombrail) dans un affrontement tendu qui questionne sans relâche la place de l’art et la forme de son engagement face à la barbarie. Percutant.

Date : jusqu’au 2 janvier 2017
Lieu Théâtre Hébertot
Metteur en scène : Georges Werler

Nous sommes en 1946 : le commandant américain Steve Arnold est chargé d’instruire le dossier pour la comparution de Furtwängler devant le tribunal de dénazification organisé par les alliés.

[…] La mécanique de l’intrigue est construite comme un triller […]

La pièce qui s’inspire de faits réels, imagine la façon dont ont été conduits à charge par le commandant les interrogatoires afin de constituer le dossier de renvoi.

Entre les deux hommes une frontière insurmontable : le traumatisme de la guerre, de ses horreurs et de ses morts ainsi qu’une conception très marquée du bien et du mal qui s’opposent à toute contradiction.

Le soldat reproche en effet au musicien de ne pas avoir pris position contre le régime nazi, d’avoir continué à diriger la Philharmonie durant le régime hitlérien, cautionnant ainsi de son aura la propagande du IIIème Reich en dépit de l’arrestation des juifs.

A tort et à raison : les gammes de Michel Bouquet

© Laurencine Lot

Quant au chef d’orchestre, il avance ses arguments. Mais tous ses efforts sont vains tant pour démontrer ses actions en faveur de musiciens juifs que pour plaider la nécessaire autonomie et continuité de son art dans un acte de résistance en faveur de la culture et de son peuple. Furtwängler finira cependant par être disculpé lors de la tenue de son procès de toutes les accusations retenues contre lui.

La mécanique très efficace de l’intrigue est construite comme un triller où la conviction du spectateur n’apparait pas aussi tranchée que le voudrait l’accusation zélée et appartient donc au jugement de chacun. Elle instaure habillement un contradictoire grâce aux personnages secondaires où l’américain dans les débats est assisté d’une jeune allemande et d’un autre militaire, juif, qui n’hésitent pas à discuter et réprouver ses méthodes musclées et parfois orientées.

Stature naturellement imposante à la voix pénétrante, Michel Bouquet est saisissant d’humanité, d’ambiguïté et d’intériorité aux prises avec sa vérité tourmentée dont l’interprétation aux multiples résonances traduit toute l’emprise et le trouble émotionnel. Face à lui, Francis Lombrail (Steve Arnold) excelle en officier primaire aussi pugnace qu’inflexible. Mention spéciale également à Juliette Carré, parfaite en témoin affûté venue défendre la cause de l’artiste tandis que les jeunes comédiens Damien Zanoly (Lieutenant David Wills) et Margaux Van den Plas (Emmi Straube) font preuve d’un jeu aussi assuré qu’investi.

NOS NOTES ...
Originalité
Scénographie
Mise en scène
Jeu des acteurs
Amaury Jacquet
Si le droit mène à tout à condition d'en sortir, la quête du graal pour ce juriste de formation - membre de l'association professionnelle de la critique de théâtre de musique et de danse - passe naturellement par le théâtre mais pas que où d'un regard éclectique, le rédac chef rend compte de l'actualité culturelle.

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