#AvignonOff : Les escargots sans leur coquille font la grimace

les-escargotsLes escargots sans leur coquille font la grimace, écrit par Juliette Blanche, mise en scène de Charles Templon assisté de Florian Jamey
Avec : Andy Cocq, Juliette Blanche

Au festival d’Avignon tous les jours à 11h45, Théâtre La Luna

Juliette (Juliette Blanche) a tout juste 9 ans lorsqu’elle se pose la question « pourquoi je ne suis pas un homme ? ». Une coupe garçonne imposée par sa mère, un corps fin et musclé : Juliette aurait préféré s’appeler Frédérique, ou Frédéric, comme son père (Andy Cocq). Son père qui lui, aurait aimé avoir un garçon comme fils, et un homme pour âme sœur. Dans cette quête identitaire, tous les personnages dévoilent des visages multiples. De l’ambiguïté sexuelle à la recherche de l’amour, cette pièce traite de sujets complexes avec beaucoup de finesse. Car dans l’histoire, il y a le père de Juliette, assurément homosexuel mais pourtant marié et père de trois filles. A 40 ans, il va oser dévoiler et assumer son orientation sexuelle, goûter à la vie telle qu’il l’aurait aimée depuis longtemps. Pendant ce temps, Juliette grandit et se pose des questions : suis-je une femme ? Est-ce que j’aime les hommes ? Pourquoi être une fille quand on veut être un garçon ? Pourquoi aimer les garçons plus que les filles ? Pourquoi papa est plus heureux maintenant qu’il a quitté maman ? Juliette a des sœurs girly qui se moquent d’elle et lui soutiennent qu’elle ne sera jamais Miss Monde. Mais pourquoi être Miss Monde quand on veut seulement être soi-même ? Derrière son masque, il y a aussi la mère de Juliette (jouée par Andy Cocq) : toujours une clope à la main, elle aussi doit se refaire une identité lorsque son mari la quitte pour un homme. « S’il t’a quitté pour un homme, ce n’est pas toi la cause, mais toute la féminité » lui chuchote sa fille. C’est un spectacle « où les identités sont en permanence déjouées » précise justement Charles Templon, le metteur en scène de la pièce. Un spectacle dans lequel chacun se cherche et désire la même chose : le bonheur.

Côté mise en scène, Charles Templon (assisté de Florian Jamey) ajoute à ce récit une consistance exceptionnelle : il représente l’identité par des jeux de miroirs. Même le public est confronté à sa propre image. Ajoutons à cela des effets de lumières (Nicolas Priouzeau) parfaitement calibrés, et Charles Templon a réussi son pari de « faire exploser la dimension poétique » de cette pièce. Juliette Blanche et Andy Cocq, qui campent une multitude de personnages, réalisent une performance incroyable avec passion et dynamisme.

Drôle et émouvante à la fois, Les escargots (…) est une pièce qui questionne avec finesse et intelligence la place de l’identité dans l’univers social, dans la recherche du bonheur. Juliette n’est ni hétérosexuelle, ni homosexuelle. Elle est elle-même, Juliette, un être humain. « Chacun est concerné par la question identitaire. Notre société lui donne de plus en plus d’importance » précise l’auteur en ajoutant « c’est pour cette raison qu’il me fallait désacraliser l’identité en la théâtralisant avec humour et légèreté ».

C’est réussi : cette pièce fait du bien et met sur la table des sujets parfois encore tabous. Une pièce à ne pas manquer à Avignon cette année.

Note
Originalité
Mise en scène
Jeu des comédiens
Texte
Charlotte Henry
Théâtrophile, je prends un malin plaisir à dénicher de petites merveilles dans les salles parisiennes. J'aime aussi la politique et les chats, mais ça, c'est une autre histoire...

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