Béatrice Dalle et JoeyStarr : un duo hors-norme

Béatrice Dalle et JoeyStarr : un duo hors-norme

Joeystarr et Béatrice Dalle dans «Elephant Man». © Arnaud Bertereau

Béatrice Dalle et JoeyStarr : un duo hors-norme

Apres Lucrèce Borgia en 2015 et Peer Gynt en 2018, David Bobée, directeur du CDN de Normandie, adapte et met en scène Elephant Man, la pièce de Bernard Pomerance créée en 1977, avec dans les rôles principaux : JoeyStarr et Béatrice Dalle. Un duo hors-norme dont la présence brute, animale de JoeyStarr et le magnétisme charnel de Béatrice Dalle, ne suffisent pas à compenser une mise en scène en manque d’incarnation.

Entré au répertoire des Théâtres nationaux britanniques, cet énorme succès est joué plusieurs années à Broadway. Il y reçoit un Tony Award en 1979, et en 1980 David Bowie reprend le rôle pour y apparaître, comme JoeyStarr, sans maquillage, ni prothèse. C’est aussi un film de David Lynch sorti la même année qui fait partie de la mémoire collective.

Je ne suis pas un animal, je suis un être humain“, tout le monde se souvient de cette réplique culte de Joseph Merrick, alias Elephant Man. Né en 1862 à Leicester en Angleterre, Merrick a vu son corps se déformer dès l’âge de deux ans.

Devenu adulte et rejeté, ses difformités sont devenues une attraction foraine où il est exhibé et moqué pour sa monstruosité. Jusqu’au jour où l’homme-éléphant croise la route du chirurgien Frederick Treves qui voit immédiatement en lui un cas médical exceptionnel et décide de le racheter à son bourreau.

Pour ce médecin réputé de la société londonienne, il devient alors un véritable objet de curiosité, non seulement scientifique, mais également humain avec cette interrogation : comment une telle difformité est-elle possible ? Bien qu’exposé devant la communauté et l’intelligentsia, personne n’a de réponse sur la maladie dont il souffre. Pire encore, celui-ci serait un attardé congénital. Pourtant, contre toute attente, John Merrick dévoile son vrai visage, celui d’un homme intelligent capable de penser, de se questionner, et même de rêver !

Mais très vite le triste sort de John Merrick ne fait que recommencer, lequel voit dès lors sa condition simplement déplacée d’un champ de foire à une prison médicalisée. Seule l’amitié – et bientôt l’amour – de Madame Kendall, actrice de profession, offrira à John Merrick la possibilité d’exprimer ce qu’il ressent et de recevoir cette humanité qu’on lui refuse obstinément.

David Bobée reste fidèle à l’original et au postulat selon lequel le monstre n’est pas celui que l’on croit, il est avant tout dans le regard que les autres portent sur lui. Le texte étant un plaidoyer pour le droit à la différence. Car lorsque le monstre se révèle plus humain que ceux qui le regardent… que se passe-t-il ?

Si les acteurs chacun dans leur registre ne déméritent pas, la mise en scène trop narrative manque de souffle dramaturgique pour faire résonner dans la noirceur de la condition humaine, voulue par le metteur en scène, à grand renfort d’une esthétique ténébreuse et froide, la dimension transgressive du propos sur la tolérance, les préjugés et la différence, où le texte et l’intrigue apparaissent alors vite surannés.

On retiendra quelques moments forts dont l’entrée fracassante du bonimenteur de foire à l’allure rock et roll interprété par l’excellent Michaël Cohen et les vers de Roméo et Juliette échangés entre la Belle (Béatrice Dalle) au phrasé parfait et la Bête à la sensibilité écorchée vive (JoeyStaar). Tout comme la scène à la fin de la première partie ou chacun des comédiens exprime avec justesse l’humanité de John Merrick “Il est comme moi” tandis que l’homme éléphant, humble et discret, construit une maquette de cathédrale.

Dates : 9 au 20 octobre et 28 novembre au 14 décembre 2019 – Lieu : Folies Bergère (Paris)
Metteur en scène : David Bobée

Note
Originalité
Scénographie
Mise en scène
Jeu des acteurs
Amaury Jacquet
Si le droit mène à tout à condition d'en sortir, la quête du graal pour ce juriste de formation - membre de l'association professionnelle de la critique de théâtre de musique et de danse - passe naturellement par le théâtre mais pas que où d'un regard éclectique, le rédac chef rend compte de l'actualité culturelle.

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