“Bovary” ou l’irréductible sous le regard fébrile de Tiago Rodrigues

"Bovary" l'irréductible sous le regard saisissant de Tiago Rodrigues
“Bovary” © Pierre Grosbois

“Bovary” ou l’irréductible sous le regard fébrile de Tiago Rodrigues

En 1857, Gustave Flaubert affrontait la justice avec le procès de “Madame Bovary”, intenté pour immoralité.

A partir de cet enjeu judiciaire dont la cible est bien sûr Emma, Tiago Rodrigues, directeur du Teatro nacional Dona Maria II à Lisbonne, relie l’ouvrage de Flaubert aux joutes oratoires dont la lettre et l’esprit sont décortiqués pour les besoins de l’accusation ou de la défense. Le tout confronté au processus libérateur de la littérature et coercitif de la loi, prête à museler. Jubilatoire.

La pièce commence par une lecture de l’auteur (Mathieu Boisliveau) d’une lettre adressée à son amie Elisa Schlésinger, lui relatant l’acharnement de la critique à l’encontre de son livre qui voit en lui un adversaire farouche à l’ordre social et à la religion.

Jubilatoire

Le ministère public (Ruth Vega-Fernandez) qui poursuit l’accusation s’appuie sur une interprétation instrumentalisée, partiale de l’œuvre dont la dialectique juridique et étriquée s’oppose à l’écriture romanesque et subtile de l’auteur. Poursuivant l’objectif de biaiser le récit, le procureur se révèle son commentateur le plus averti et, involontairement, son meilleur défenseur dont la pensée subversive contamine l’assistance.

Face à lui, le défenseur (David Geselson) expose une vision littéraire et artistique propre à la liberté créative et d’expression de l’écrivain.

Emma est aux prises avec son insatisfaction, la frustration de ses désirs, et son ennui mortifère alors que gronde en elle une révolte intérieure, charnelle, et insurrectionnelle. Elle voudrait être heureuse comme dans les livres et que ses courtisans soient des héros de romans.

Les cinq comédiens excellent en résonance extrême avec le texte

Avec des scènes et un décor qui s’inscrivent parfaitement dans l’écriture de plateau collaborative de Tiago Rodrigues, l’héroïne se confronte à son désir irrépressible de vivre et d’expérience sensuelle. Il y a cette valse endiablée aux accents rock débridés qui brûle de l’exaltation d’Emma et puis, plus tard, le vertige des corps, enfin possédés, dans un fiacre survolté.

Les cinq comédiens excellent en résonance extrême avec le texte et l’éloquence de la langue de Flaubert, passant avec fluidité d’un rôle à l’autre entre les protagonistes du procès et ceux du roman. Ils questionnent sans relâche cette œuvre offensive et corrosive dont la dimension émancipatrice sacralise à jamais la destinée sacrificielle d’Emma.

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Date : le 10 avril 2018 l Lieu : Théâtre Paul Eluard (Choisy-le-Roi)
Metteur en scène : Tiago Rodrigues

Note
Originalité
Scénographie
Mise en scène
Jeu des acteurs
Amaury Jacquet
Si le droit mène à tout à condition d'en sortir, la quête du graal pour ce juriste de formation - membre de l'association professionnelle de la critique de théâtre de musique et de danse - passe naturellement par le théâtre mais pas que où d'un regard éclectique, le rédac chef rend compte de l'actualité culturelle.

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