La pièce de théâtre est adaptée d’une oeuvre littéraire de Laurent Gaudé publiée aux éditions Actes Sud dans la collection papier. Dans un pays en guerre dont rien n’est dit, ni le nom du pays ni la raison de la guerre, 2 fossoyeurs sont chargés de brûler les morts. Leur tâche les répugne mais ils la réalisent avec application, suivant les ordres à la lettre. Quand une jeune femme laissée pour morte se relève d’entre les cadavres, le doute s’installe dans leur esprit. La pièce fait penser à d’illustres prédécesseurs comme Dino Buzzati dans Le Désert des Tartares ou Samuel Beckett avec En attendant Godot pour un moment de théâtre entre bouffonnerie et réflexion mystique.

Du théâtre tragique à la mode antique

La guerre est là mais ses fracas n’apparaissent pas sur scène. La mise en distante interroge sur la place de l’homme face au fracas ambiant. Les deux héros dont le spectateur ne connaitra pas les noms se livrent à leur tâche ingrate avec le gout du travail bien fait. Alors qu’une jeune femme se joint à eux, littéralement revenue d’entre les morts, silencieuse et absente du quotidien, la graine du doute germe dans leurs esprits. La fumée qui se dégage des buchers les indispose, ne pourraient-ils pas utiliser de la chaux au lieu de tous ces savons utilisés pour enlever les traces de cendre sur leurs peaux? L’horreur de leur tâche ne les étreint pas, pas plus la dimension intrinsèquement horrifiante de leur activité quotidienne. Bruler des corps n’est pas un problème pour eux, mais l’effet de la fumée sur leurs organismes, si. Pour créer cette histoire de tragédie moderne, Laurent Gaudé s’est inspiré du Rwanda avec une première écriture courte de la pièce et c’est le témoignage d’une femme kosovare qui lui a permis d’écrire l’intégralité de la pièce. Le metteur en scène Alexandre Tchobanoff place les deux comédiens Arnaud Carbonnier et Olivier Hamel dans des considérations syndicales qui renvoient à leur insignifiance à l’échelle de l’humanité. Ce qui élève l’homme et la femme, c’est ce personnage féminin mystérieux interprété par Prisca Lona, à la dimension quasi mystique, ressuscitée des morts, quasiment une divinité qui ne parle pas avec les hommes. Elle se contente d’apporter du réconfort aux morts, et peut être aussi à leurs âmes tourmentées, mais elle n’a que faire des vivants, surtout s’ils n’ont aucune importance. Des sacs s’étalent sur scène pour montrer le côté terrien des deux personnages masculins, une échelle permet à l’un d’eux de s’élever sporadiquement tandis que l’inconnue se tient au pied d’un lampadaire comme pour figurer une statue de la liberté moderne, symbolique de ses aspirations à l’universalité et à l’élévation. Car ce qui se joue, c’est bien les génocides entre peuples rivaux et cette faculté humaine à nier l’humanité de l’autre.

Les expressions outrancières et bavardes des deux ouvriers font penser à cette part conséquente de l’humanité qui agit sans vraiment savoir ce qu’elle fait, ils n’ont pas besoin de justification, ils suivent les ordres et se dédouanent de toute responsabilité. Une vision pessimiste de l’humanité, en somme. La pièce est à voit au Studio Hébertot du 05 septembre au 28 novembre 2021, tous les lundis à 21h, les mardis à 19h et les dimanches à 17h.

Synopsis: Une pièce engagée et humaniste aux accents “beckettiens” entre absurde et poésie. Dans un pays dévasté par la guerre, deux Fossoyeurs exécutent inlassablement leur tâche. Jusqu’au jour où une femme, laissée pour morte, se relève.« Que faire ? » se demandent-ils. S’ensuivent, pour les deux Fossoyeurs, des situations tragi-comiques aussi absurdes que grotesques contrebalancées par la poésie et l’humanité de cette femme, la Rescapée. Une véritable ode à la vie et à l’humanité.

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