Le Château de Barbe-Bleue / La Voix humaine, un astre noir à l’Opéra de Paris, sur la chaîne Mezzo

Le Château de Barbe-Bleue / La Voix humaine, un astre noir à l'Opéra de Paris
Le Château de Barbe-Bleue / La Voix humaine de Béla Bartok / Francis Poulenc © Bernd Uhlig

Le Château de Barbe-Bleue / La Voix humaine, un astre noir à l’Opéra de Paris sur la chaîne Mezzo

Qu’il s’agisse de Judith dans Le Château de Barbe-Bleue ou d'”Elle” dans La Voix Humaine, ce sont deux figures tragiques mais aussi deux femmes qui, confrontées à des situations extrêmes, ont fait le mauvais choix. À la fois victime et bourreau d’une passion sans limite, le spectacle offre en miroir l’amour transgressif de Judith qui voit sa trop forte emprise sur Barbe-Bleue la conduire à l’enfermement, et dans “Elle” la dernière offensive d’une amoureuse éperdue qui implore jusqu’à en perdre la raison, l’amant qui l’a éconduit.

Krzysztof Warlikowski est fasciné par les personnages féminins “borderline”, ceux qui marquent le monde par leur singularité ou leur dévoration passionnelle comme Médée, Lulu, Donna Anna, Donna Elvira.

Ainsi, il relie sans entracte et dans le même élan dramatique, les deux ouvrages et scrute sans relâche les ravages de la passion destructrice.

Une spirale de la destruction et de la violence donc est à l’œuvre initiée par Judith qui, au nom de sa passion, va tuer l’amour et l’être aimé en le mettant à nu. Dans ce monde frissonnant et ruisselant, se met en branle la catastrophe finale. Et quand elle réalise ce qu’elle a déclenché, il est trop tard et alors résignée, elle ira rejoindre les trois autres femmes, vivantes mais exilées dans la mémoire et piégées dans le passé.

Elle a à jamais quitté le présent qu’elle n’a pas su ou pu vivre. Du noir aux ténèbres qui vont engloutir les amants, il n’y a d’autre issue que la solitude absolue. Car pour Béla Bartók, la confiance importe plus que l’amour. La boîte de Pandore ouverte ne pouvait donc conduire qu’à une descente aux enfers de la passion.

Le metteur en scène crée avec la décoratrice Małgorzata Szczęśniak, un espace sombre, unique et métallique, d’une grande maitrise formelle, propice au découpage séquentiel et au déploiement d’un paysage conscient et inconscient.

Des cages mobiles en verre pour révéler ce que cachent les sept portes du château et dont Judith a voulu percer le secret. Au sang, succède la vision du lac de larmes (la sixième porte). Moment ravageur où les êtres doivent se confier l’un à l’autre et dire, sans pudeur, les fautes tues, les actes honteux que la mémoire a refoulés.

Provocante de séduction dans une robe vert émeraude, la Judith d’Ekaterina Gubanova, au timbre magnifique, se montre happée par son désir pour cet homme qui l’amène à approcher ses abîmes intérieurs et un danger dont elle finit par être non pas la victime mais le bourreau.

John Relyea est intriguant à souhait, tel un astre noir, il déploie superbement sa voix de baryton-basse.

Puis, quant une femme s’avance en titubant depuis le fond de la scène, un revolver à la main. On comprend que c’est “Elle”, l’héroïne de Jean Cocteau et Francis Poulenc dans La Voix humaine qui vient d’apparaître et dont la charge émotionnelle ne lâchera plus rien jusqu’à la chute finale.

Barbara Hannigan fait preuve d’un engagement total où la soprano de sa voix déchirante se charge de l’écriture très fragmentaire de Poulenc, dont chaque soubresaut passionnel immortalise la douleur amoureuse et vénéneuse.

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Date : 8 septembre 2018 sur la chaine Mezzo à 20h30
Metteur en scène : Krzysztof Warlikowski

Note
Originalité
Scénographie
Mise en scène
Jeu des acteurs / chanteurs
Amaury Jacquet
Si le droit mène à tout à condition d'en sortir, la quête du graal pour ce juriste de formation - membre de l'association professionnelle de la critique de théâtre de musique et de danse - passe naturellement par le théâtre mais pas que où d'un regard éclectique, le rédac chef rend compte de l'actualité culturelle.

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