Les comédiens du Français en état de grâce

Les comédiens du Français en état de grâce
Photo © Christophe Raynaud de Lage. Collection Comédie-Française

Les comédiens du Français en état de grâce

La metteuse en scène brésilienne Christiane Jatahy mêle théâtre et cinéma dans une adaptation contemporaine de “La règle du jeu” d’après le scénario de Jean Renoir.

Entre vision expérimentale et partage avec le public, son œuvre singulière s’impose désormais comme un espace manifeste de réinvention de ces deux vecteurs d’expression. Où s’expérimentent puissamment les frontières entre l’acteur et le personnage, entre la réalité et la fiction, entre le présent théâtral et l’instant figuré par la caméra. Le tout dans une relecture débridée, décomplexée et enjouée mais fidèle à l’esprit du film dont la troupe du Français s’empare avec brio.

Le cinéaste dénonçait aussi les conflits de classes et les conflits éthiques dans une société au bord du précipice.

La pièce débute par un film, projeté devant le public, avant de se poursuivre en direct sur le plateau.

Actualisation et résonance

Dans la transposition de Christiane Jatahy qui colle à notre époque, l’action se déroule donc aujourd’hui et Robert (Jeremy Lopez), le marquis qui invite à la partie de chasse, n’est plus un fou d’automates mais un mordu de cinéma où le film a lieu car Robert le tourne et dans les murs de la Comédie-Française qui servent de décor, dévoilant au public la richesse et le mystère de ses lieux.

Quant à Christine (Suliane Brahim), elle n’est plus d’origine autrichienne comme dans la version filmée mais Marocaine tandis qu’André Juirieux (Laurent Lafitte) n’est plus le héros d’une traversée de l’Atlantique en avion, mais le sauveur de réfugiés perdus en Méditerranée..

Et le conflit sourd qui gronde provient ici des différences sociales qui séparent les individus et dans la menace que constituent leurs origines diverses.

La transdisciplinarité entre théâtre et cinéma n’est nullement un artifice mais fait partie intégrante de la dramaturgie qui cristallise le prolongement du miroir entre espace réel/ concret, livré sans filtre sur scène, et transposition cinématographique avec ses plans serrés ou grossissants au champ de vision et de sensations/points de vue modifiés.

Prouesse des comédiens

Dans cette temporalité propre à la metteuse en scène où s’intercalent le temps présent et la mémoire, les personnages sont à la fois proches et ailleurs, quotidiens et universels, ridicules et poignants. Ils se consument à la brûlure de cet étourdissement où l’on danse, chante, s’enivre avant la chute.

De Summertime de Gershwin en passant par For me formidable de Charles Aznavour ou encore Paroles, paroles de Dalida, la salle Richelieu prend des allures de cabaret où la fête atteint son paroxysme, emmenée par Elsa Lepoivre qui  irradie la scène aux prises entre ivresse et ambiance de fin de règne.

Justesse des corps et de l’espace qui fait vivre et respirer ce déferlement où se mêlent et s’entrechoquent les passions dévorantes, les tromperies, les trahisons, sur fond de fuite en avant.

Et les comédiens du Français sont tous exceptionnels de naturel et d’inventivité, passant avec une aisance désarmante du registre de la scène à celui de la pellicule.

INFOS

Dates : du 4 février au 15 juin 2017 l Lieu A la Comédie-Française (Paris)
Metteur en scène : Christiane Jatahy

Note
Originalité
Scénographie
Mise en scène
Jeu des acteurs
Amaury Jacquet
Si le droit mène à tout à condition d'en sortir, la quête du graal pour ce juriste de formation - membre de l'association professionnelle de la critique de théâtre de musique et de danse - passe naturellement par le théâtre mais pas que où d'un regard éclectique, le rédac chef rend compte de l'actualité culturelle.

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