Dominique Blanc, l’atout gagnant de la Comédie-Française

Dominique Blanc, l'atout gagnant de la Comédie-Française
“Britannicus” de Racine :
Hervé Pierre (Burrhus) et Dominique Blanc (Agrippine) © Brigitte Enguérand/Comédie-Française

Dominique Blanc, l’atout gagnant de la Comédie-Française !

Stéphane Braunschweig signait avec “Britannicus”, ce classique de Racine aux 1800 alexandrins qui revient à l’affiche en alternance jusqu’au 01 janvier 2019, sa première mise en scène à la Comédie-Française.

Le spectacle inaugurait aussi l’arrivée très attendue de la comédienne Dominique Blanc en tant que nouvelle pensionnaire du Français dont le jeu enlevé et souverain se révèle jubilatoire. L’empereur Claude a eu un fils, Britannicus, avant d’épouser Agrippine et d’adopter Néron, fils qu’elle a eu d’un précédent mariage. Après avoir empoisonné son troisième mari, l’empereur Claude, Agrippine écarte du pouvoir Britannicus au profit de sa progéniture.

Une fois sur le trône, Néron sous la coupe de sa mère accomplit son règne de manière exemplaire jusqu’au moment où il fait enlever Junie amoureuse de Britannicus dont il est épris. Jaloux de cet amour et vouant à sa mère qui ne l’a jamais vraiment aimé un ressentiment de plus en plus violent, il met tout en oeuvre pour contrarier cette union, résolument approuvée par Agrippine.

Finalement acculé, il décide de faire assassiner Britannicus en l’empoisonnant, commettant ainsi son premier forfait. A travers cette pièce construite comme un thriller sur fond d’intrigues et de rebondissements, Racine montre la part de l’affect et de l’intime dans la conduite d’une action publique où comment Néron se métamorphose en tyran, sous l’emprise d’une relation maternelle irrésolue.

[…] construite comme un thriller sur fond d’intrigues et de rebondissements […]

L’auteur y dévoile aussi les coulisses du pouvoir avec ses personnages doubles : vertueux ou pervers, manipulateurs et stratèges, soucieux d’une l’opinion publique et de son jugement qui conditionne ses choix, faisant écho aux stratégies de communication politique d’aujourd’hui.

Résonance pleinement contemporaine donc de cette tragédie du pouvoir où la mise en scène et la scénographie saisissante de Stéphane Braunschweig dévoilent un espace épuré, intriguant, et moderne, là où se décide le destin du monde à l’abri des regards et des oreilles indiscrètes : vaste table ovale, mobilier design et portes closes.

[…] la langue scande au rythme de la passion et de la turpitude des êtres […]

Elle superpose espaces réel et mental dans une configuration à la fois concrète et abstraite en correspondance avec les enjeux politiques et psychologiques qui se trament dans l’exercice sans merci du pouvoir, ses coulisses, et l’angoisse qui habite et fige les protagonistes.

Tout en nuance et virtuosité, Dominique Blanc est une Agrippine solaire. Tour à tour volontaire et manipulatrice, séductrice et habile, elle porte haut cette distribution à l’unisson où le cristal de la langue scande au rythme de la passion et de la turpitude des êtres.

Dans le rôle de Néron, Laurent Stocker incarne tout le trouble de son personnage aux prises entre le désamour de sa mère et la distanciation cruelle de son action. Britannicus sous les traits de Stéphane Varupenne se montre à la fois fougueux et candide. Hervé Pierre est un Burrhus torturé et Benjamin Lavernhe, un Narcisse puissant tandis que Georgia Scalliet campe une Junie aussi sensible que fragile.

INFOS

Dates : du 8 octobre au 01 janvier 2019 l Lieu : Comédie-Française (Paris)
Metteur en scène : Stéphane Braunschweig

Note
Originalité
Scénographie
Mise en scène
Jeu des acteurs
Amaury Jacquet
Si le droit mène à tout à condition d'en sortir, la quête du graal pour ce juriste de formation - membre de l'association professionnelle de la critique de théâtre de musique et de danse - passe naturellement par le théâtre mais pas que où d'un regard éclectique, le rédac chef rend compte de l'actualité culturelle.

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