"Faith, Hope and Charity" : le théâtre social en toute intimité d’Alexander Zeldin
“Faith, Hope and Charity” © Maxime Bruno

“Faith, Hope and Charity”, le théâtre social en toute intimité d’Alexander Zeldin

Dans ce dernier volet de sa trilogie intitulée “Les inégalités”, Alexander Zeldin nous plonge au cœur d’une réalité sociale dont l’hyperréalisme le dispute subtilement à l’intensité des émotions.

Dans un centre communautaire, faisant office de banque alimentaire, une femme, Hazel, toujours prévenante et attentive aux autres, cuisine pour des personnes démunies. Le bâtiment, insalubre, dont la toiture prend l’eau, est délaissé par la mairie prête à le vendre à un prometteur désireux d’en faire une résidence de luxe pour touristes.

Autour de Hazel et de Mason, le nouveau bénévole, qui a le projet de monter une chorale, vont et viennent une dizaine de personnages, tous abandonnés par le système et aux vécus douloureux et problématiques.

On croise Bernard, qui est toujours le premier et dernier arrivé, Carl qui aurait besoin d’une auxiliaire de vie plus assidue, une mère et sa jeune fille qui a faim, Anthony un jeune tout en rage plus ou moins contenue, et puis il y a Beth écorchée et révoltée. On lui a retiré la garde de sa fille Faith. Chacun essayant de tenir le coup, face à la menace supplémentaire de la fermeture du lieu, où les échanges qui interviennent alors entre eux constituent un dernier rempart d’humanité.

Car c’est là toute la force de la pièce où ces interactions sont comme des boucliers de résistance aux humiliations de la pauvreté, à son rejet, et à la violence sourde d’un système néo-libéral aussi impitoyable qu’implacable.

Dans le centre comme dans la vie, on s’affronte, on se jauge et on défend sa position, mais on fait corps aussi avec la communauté et son esprit de résistance à l’instar de la chorale qui est en train de se monter.

Du ressenti intime au sursaut possible

Des affrontements, des espoirs, et des découragements se font jour et qui sont autant d’instantanés qui laissent entrevoir un passé tourmenté, un futur incertain, mais aussi des moments crépusculaires où perce une humanité.

Alexander Zeldin ne s’attache pas à la reconstitution documentaire d’une lutte ordinaire face à la misère sociale mais à son ressenti intime et à son sursaut possible qui font naître alors un autre rapport au monde : sensible et onirique.

La pièce est une longue traversée émotionnelle qui vient bousculer en douceur le spectateur, soutenue par un jeu incandescent et des questionnements sociaux.

Les acteurs sont emmenés par Llewella Gideon, d’une justesse bouleversante dans le rôle de la cuisinière gestionnaire du centre, littéralement habitée par une force tranquille où elle se montre à l’écoute et disponible aux autres, parfois dépassée, mais toujours combative et positive ; Lucy Black (Beth) qui incarne quant à elle une mère dévastée et aux prises avec ses démons intérieurs tout en se battant pour garder sa fille : saisissante de vérité, elle est toujours sur le fil entre la chute et le sursaut, tandis que Michael Moreland (Mason) et Bobby Stallwood (Marc) sont impressionnants de naturel.

D’une saisissante interrogation, le dramaturge nous renvoie à l’intranquillité du monde mais aussi à cette expérience humaine solidaire dont la force intérieure est une sentinelle envers et contre tout.

Dates : du 16 au 26 juin 2021 – Lieu : Odéon – Théâtre de l’Europe  (Paris)
Texte et Metteur en scène : Alexander Zeldin

NOS NOTES ...
Originalité
Scénographie
Mise en scène
Jeu des acteurs
Si le droit mène à tout à condition d'en sortir, la quête du graal pour ce juriste de formation - membre de l'association professionnelle de la critique de théâtre de musique et de danse - passe naturellement par le théâtre mais pas que où d'un regard éclectique, le rédac chef rend compte de l'actualité culturelle.

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