Florence Viala, une irréductible Locandiera et ça lui va bien

Florence Viala, une irréductible Locandiera et ça lui va bien
“La Locandiera” mise en scène par Alain Françon
© Christophe Raynaud de Lage, coll. Comédie-Française

Florence Viala, une irréductible Locandiera et ça lui va bien

Après avoir mis en scène au printemps dernier Un mois à la campagne d’Ivan Tourgueniev, Alain Françon revient à un grand rôle féminin en confiant à Florence Viala (excellente) le personnage de Mirandolina, une aubergiste libre et indépendante avant l’heure imaginée par Goldoni.

Une femme d’entreprise aussi qui, en se jouant de l’amour et de ses inclinaisons, finira par être victime des sentiments avec lesquels elle aura imprudemment joué. Cette “Locandiera” tient une pension à Florence. Sa grâce piquante et son esprit vif gagnent tous les cœurs masculins.

Maîtresse du lieu et de son entourage, elle entretient des relations ambiguës avec ses clients car soucieuse de la réussite de son négoce. Et avec une grande assurance, elle garde la tête froide en toute situation, se montrant aussi volontaire que distante.

Le troupe du Français au diapason

Des trois étrangers qu’elle loge, deux sont transis mais vite laissés pour compte dans leur entreprise de séduction. Hervé Pierre et Michel Vuillermoz qui interprètent respectivement le Comte d’Albafiorita et le Marquis de Forlipopoli, s’adonnent à un combat des coqs plutôt porté sur l’emphase envers la courtisée qu’à une recherche de relation amoureuse.

Le troisième Stéphane Varupenne (vibrant) revendique son hostilité face à la gente féminine et à leurs charmes. Il la traite alors avec mépris et se moque des deux prétendants. Offensée, Mirandolina met toute son ingéniosité au service de son amour propre, pour démontrer au goujat sa suffisance et sa faiblesse.

Décidée à le séduire, elle s’exposera au jeu de la séduction : qui séduit risque d’être séduit, qui désire provoque le désir.

La mise en scène précise et fluide d’Alain Françon est au plus près du jeu des comédiens et du texte incisif et direct dont elle restitue l’atmosphère vive mais aussi mélancolique, les enjeux sociaux et amoureux où chacun des personnages en jouant de sa condition, permet à l’auteur de dénoncer l’hypocrisie sociale. Et la tonalité comique de la pièce de Goldini laisse aussi percevoir la part d’ombre existentielle des personnages, en y dévoilant leur faille et leur manque ainsi que l’éternel drame de l’acte manqué.

Dans une scénographie à tiroirs de Jacques Gabel, les actions se succèdent sur fond de transgression inaccomplie et de désillusion d’êtres en mal d’amour.

Figure de femme irréductible mais teintée de mélancolie, Florence Viala incarne avec finesse l’ambivalence du personnage de Mirandolina, tandis que Stépahne Varupenne excelle en Chevalier au jugement définitif et pourtant ébranlé dans ses émotions. Quant à Laurent Stocker (parfait) dans le rôle du valet de l’auberge qui réprouve intérieurement ces manigances séductrices, il fait preuve d’une force comique aussi subtile que triste.

INFOS

Dates : du 27 octobre 2018 au 10 février 2019 l Lieu A la Comédie-Française (Paris)
Metteur en scène : Alain Françon

Note
Originalité
Scénographie
Mise en scène
Jeu des acteurs
Amaury Jacquet
Si le droit mène à tout à condition d'en sortir, la quête du graal pour ce juriste de formation - membre de l'association professionnelle de la critique de théâtre de musique et de danse - passe naturellement par le théâtre mais pas que où d'un regard éclectique, le rédac chef rend compte de l'actualité culturelle.

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