Hervé Devolder (tout seul) dans Scapin (d’après Molière, Les Fourberies de Scapin)

affiche fourberies de scapin

Mais que diable allait-il faire dans cette galère ? Hervé Devolder joue Les Fourberies de Scapin, mais toute sa troupe l’a visiblement laissé en plan, alors… Il joue tout seul !

On aurait pu croire à une énième adaptation des célèbres Fourberies de Molière, cette pièce intemporelle que l’on a tous vue ou bien étudiée un jour sur les bancs de l’école.  Et pourtant, Hervé Devolder a plus d’un tour dans son sac. Délaissé par sa troupe (imaginaire) et contraint par les aléas de la production d’un spectacle, il se retrouve… Seul. Les acteurs sont partis les uns après les autres : problèmes de santé, congés maternité, histoires de famille ou autres raisons diverses et variées, le fait est qu’ils ne sont plus là, hormis lui, Scapin. Les décors (apparemment somptueux) ont eux aussi tous disparu, ne laissant sur les planches qu’un misérable téléphone rouge vulgairement déposé sur une table d’appoint. Parfois, le téléphone se met à sonner, un coup de fil du producteur, ou de Molière… Des costumes, il ne reste que celui de Scapin, un habit de valet du XVIIème siècle, sans les chaussures. C’est donc en baskets sportswear que Scapin, aux côtés d’acteurs imaginaires et de paysages imaginés, joue de ses farces et fourberies. Car Hervé Devolder (l’acteur, le metteur en scène, le décor, lui-même) incarne aussi la mer, le port de Naples, les filets de pêcheurs, les oiseaux et… la sonnerie du téléphone.

Qu’à cela ne tienne, Hervé Devolder va jouer Scapin, avec ou sans Géronte, avec ou sans Octave, avec ou sans décor. Et l’illusion est fantastique, Hervé Devolder incarne son (ses) rôle(s) avec brio. Il va et vient entre les actes de la pièce de Molière, incarne tantôt le rusé Scapin, tantôt lui-même, dans un dynamisme schizophrénique absolument délicieux.  Tous les traits du Scapin de Molière sont incarnés : le farceur, le fourbe, le cupide, le simplet, le stratège. Et en plus d’un personnage (Scapin) qui renferme déjà une double personnalité, Hervé Devolder ajoute à son casting son propre visage : lui-même, l’acteur.

devolder scapin
Hervé Devolder joue Scapin, théâtre du Lucernaire

Cette pièce, c’est aussi une conversation. Une conversation avec le public, car l’acteur ne manque pas d’interagir avec ses spectateurs désorientés mais ravis par ce spectacle aussi étonnant que burlesque. C’est aussi une (double) histoire que nous raconte Hervé Devolder , une histoire dans l’histoire, une pièce dans la pièce. Il raconte sa passion pour le théâtre d’abord (une passion qui l’entraine à jouer une pièce sans comédien), et par la même occasion, c’est à sa manière qu’il conte l’histoire du valet farceur de la Comedia dell’arte.

Car Hervé Devolder ne fait pas que jouer Les Fourberies de Scapin, il les raconte, décortiquant la pièce passionnément en en extirpant les moindres futiles détails. Cette pièce de Molière, Hervé Devolder la vit, il l’incarne, la rend vivante. Il évoque d’ailleurs mûrir ce projet depuis une dizaine d’années.  Quelque part, il répond aux questions qu’un élève n’aurait jamais osé poser. D’ailleurs, vous êtes-vous déjà demandé combien d’euros faisaient les 500 écus et 200 pistoles que Scapin doit soutirer à Géronte et Argante ?

« Et moi, qu’on me porte au bout de la table, en attendant que je meurs. »

 

Scapin, d’après les Fourberies de Scapin
Théâtre du Lucernaire
Du mardi au samedi à 20h
Dimanche à 15h
www.lucernaire.fr

Charlotte Henry
Théâtrophile, je prends un malin plaisir à dénicher de petites merveilles dans les salles parisiennes. J'aime aussi la politique et les chats, mais ça, c'est une autre histoire...

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