“Ithaque”, l’épopée homérique de Christiane Jatahy

"Ithaque", l'épopée homérique en résonance avec notre époque de Christiane Jatahy
Ithaque, Notre Odyssée 1 de Christiane Jatahy © Elizabeth Carecchio

“Ithaque”, l’épopée homérique de Christiane Jatahy

La metteure en scène brésilienne Christiane Jatahy s’inspire librement de “L’Odyssée” pour nous raconter le monde et son chaos.

Entre performance, théâtre, vidéo et partage avec le public, son œuvre singulière s’impose désormais comme un espace manifeste de réinvention. Un nouveau langage qui expérimente les frontières entre l’acteur et le personnage, l’espace scénique et sa projection qui convoque différents angles, l’instant théâtral et le plan séquence de la caméra.

Avec cette traversée de L’Odyssée, la dramaturge brésilienne questionne les mouvements migratoires et l’exil, les relations entre les hommes et les femmes, et le retour vers la terre natale.

Une épopée humaine

Un homme de pouvoir (Ulysse) cherche à rentrer chez lui après vingt ans d’absence. Parallèlement sa femme (Pénélope) restée dans son royaume, l’attend, sans savoir si son mari est encore vivant. Entre temps, il aura été recueilli par une femme (calypso) devenu sa maîtresse.

L’action se déroule dans un espace bifrontal. L’un de ses côtés est Ithaque. L’autre est un lieu de passage, le chemin vers Ithaque.

À Ithaque se trouvent trois Pénélopes et trois prétendants. De l’autre côté, trois Ulysses et trois Calypsos. Le tout interprété par six comédiens en osmose totale.

Ce procédé n’est nullement un artifice mais fait partie intégrante de la dramaturgie qui cristallise deux points de vue entre celui qui reste et celui qui part, tout en questionnant le rapport à l’autre, son absence, et le fait d’être un étranger.

Très vite, des rapports de force se font jour sur fond de fête qui tourne court, entre le poids pressant des prétendants sur Pénélope et la volonté d’Ulysse de rentrer chez lui en abandonnant Calypso.

Les deux versions sont jouées en même temps et interrompues au tiers du spectacle pour permettre au public de changer de coté et d’assister à chacune d’elle.

Dans cette temporalité propre à la dramaturge où s’intercalent le réel et la fiction, l’ici et l’ailleurs, l’intime et l’universel, le politique et l’actualité, les personnages changent de peau, passent d’un pièce à l’autre, et se provoquent dans une guerre des sexes entre rapport de domination et de séduction ainsi qu’un appel du large.

Puis de l’eau se met à couler de toutes parts sur le plateau tandis que les rideaux qui séparaient la scène en deux se lèvent pour dévoiler un seul espace réunifié.

Un mer envahissante fait désormais face aux spectateurs où chacun des protagonistes tente de sauver sa peau. Leurs corps à corps filmés au plus près par les comédiens eux-mêmes nous renvoient aux images dramatiques des migrants échoués, porteuses de tant d’errances et d’espoirs brisés.

Exceptionnels comédiens que Karim Bel Kacem, Julia Bernat, Cédric Eeckhout, Stella Rabello, Matthieu Sampeur et Isabel Teixeira dont la proximité du jeu – sa sensualité, son abandon, sa vérité – habite sans relâche d’une humanité palpable, cette épopée politique, intime et existentielle.

INFOS

Dates : du 1 au 6 octobre 2018 l Lieu 104 (Paris)
Metteur en scène : Christiane Jatahy

Note
Originalité
Scénographie
Mise en scène
Jeu des acteurs
Amaury Jacquet
Si le droit mène à tout à condition d'en sortir, la quête du graal pour ce juriste de formation - membre de l'association professionnelle de la critique de théâtre de musique et de danse - passe naturellement par le théâtre mais pas que où d'un regard éclectique, le rédac chef rend compte de l'actualité culturelle.

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