La Double Inconstance sous le regard acéré de Galin Stoev

La Double Inconstance sous le regard acéré de Galin Stoev
La DOUBLE inconstance © Marie Liebig

La Double Inconstance sous le regard acéré de Galin Stoev

Le théâtre de Marivaux est tout un art, l’art même du théâtre, où il est d’usage d’orchestrer des stratégies amoureuses avec sa part de faux-semblants. Si le cœur est une forteresse, alors il faut déployer des trésors d’ingéniosité pour parvenir à ses fins. Il y a dans ce goût du calcul et de la manipulation, une certaine dose de mystification. Mais ce n’est qu’une étape nécessaire pour obtenir, à la fin, le cœur de celui (ou celle) qu’on convoite ardemment.

Épris d’une jeune paysanne prénommée Silvia, un prince et sa suite doivent user de tous les stratagèmes pour briser la relation amoureuse qui unit cette dernière à Arlequin, un garçon de son village. Manipulés, trompés, les deux fiancés sont peu à peu amenés à désavouer les promesses de mariage qui les destinaient l’un à l’autre.

Entre-temps ce sera cruellement explorée la confusion des sentiments à l’abri de multiples stratèges, machinations diverses, mensonges, émois et aveux, mettant à l’épreuve les personnages dans un processus laborieux et initiatique avant qu’ils ne puissent se révéler à eux-mêmes.

Les corps endiablés se jouent à merveille de l’amoralité du marivaudage

Dans une scénographie captivante d’Alban Ho Van, toute en transparence et sous-entendu, mélangeant rotonde bucolique et palais princier high-tech avec écrans de contrôle et caméras de surveillance, Galin Stoev éclaire d’une dimension nouvelle et cruelle la manipulation des âmes innocentes. La fluctuation des inclinaisons amoureuses et l’ambiguïté des rapports de force y sont passés au scalpel. Où ce classique de Marivaux se renouvelle par sa sensualité et sa modernité.

Galin Stoev y explore avec gourmandise l’opposition flagrante de deux mondes : celui du pouvoir et celui de la soumission. L’authentique amour entre Silvia et Arlequin devient un sujet d’expérience, « pareil à une souris blanche » dans un laboratoire. Les paysans amoureux que le prince veut manipuler pour conquérir l’élue sont enfermés dans une cage de verre où ils sont observés, écoutés, et déstabilisés dans le but de les éloigner l’un de l’autre.

La langue magnifique et experte de Marivaux, délestée ici de toute emphase, porte à son paroxysme les jeux de séduction et d’abus de pouvoir et fait la part belle au trouble, au désir, à la provocation, et à la soumission des personnages.

Les comédiens sont excellents dans cette fuite en avant où les corps endiablés se jouent à merveille de l’amoralité du marivaudage, imprimant à ce Marivaux un renouveau gagnant.

Dates : du 4 au 19 décembre 2021 – Lieu : Théâtre de la Porte Saint-Martin (Paris)
Mise en scène : Galin Stoev

NOS NOTES ...
Originalité
Scénographie
Mise en scène
Jeu des acteurs
Si le droit mène à tout à condition d'en sortir, la quête du graal pour ce juriste de formation - membre de l'association professionnelle de la critique de théâtre de musique et de danse - passe naturellement par le théâtre mais pas que où d'un regard éclectique, le rédac chef rend compte de l'actualité culturelle.
La Double Inconstance sous le regard acéré de Galin Stoev Le théâtre de Marivaux est tout un art, l’art même du théâtre, où il est d’usage d’orchestrer des stratégies amoureuses avec sa part de faux-semblants. Si le cœur est une forteresse, alors il faut déployer...la-double-inconstance-sous-le-regard-acere-de-galin-stoev

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