La féerie de “Peau d’Âne” hypnotise le théâtre de Marigny

“Peau d’âne”, adaptation du film éponyme de Jacques Demy, d’après le conte de Charles Perrault. / ©
Julien Benhamou

La féerie de “Peau d’âne” hypnotise le théâtre de Marigny

Après une fermeture de cinq ans pour rénovation, le théâtre Marigny a rouvert ses portes avec l’adaptation scénique du film “Peau d’Âne” de Jacques Demy, dont la féérie musicale et l’univers paradoxal mais aussi décalé renaissent comme par magie. Un pur enchantement.

Ce spectacle inaugure également le mandat de Jean Luc Choplin à la tête du théâtre. On retrouve d’ailleurs sa marque dans la programmation puisque de nombreuses comédies musicales y sont prévues cette saison. On se souvient de ses mises en scène inventives au Théâtre du Châtelet et de The Sound of Music qui lui a donné le goût du musical.

Pour l’occasion, Michel Legrand a retravaillé sa partition, développant certains thèmes pour faciliter le passage de l’écran à la scène.

Sur le plateau l’univers de Jacques Demy renaît à merveille : les royaumes bleu et rouge, les robes couleur du temps, de la lune, du soleil. L’âne qui offre pièces d’or et diamants en guise de crottin, le trône-chat du roi prêt à épouser sa fille, la forêt des lilas, la modeste chaumière de Peau d’Âne, et le cake d’amour.

Le tout sous une majestueuse clairière magique qui occupe tout l’espace et où le conte de Perrault peut dès lors se déployer : une belle princesse promise en mariage à son propre père doit fuir son royaume dissimulée sous une peau d’âne. Le peuple lui est hostile et la laisse dans l’anonymat, jusqu’au jour où elle rencontre un prince charmant. Dans une scène mythique devenue culte, elle glisse une bague dans le gâteau du prince, indice qui la libérera de sa triste peau.

Un écrin stylisé et onirique

Un univers onirique mais aussi décalé où le metteur en scène tout en reprenant certains clins d’œil du film, en a ajouté quelques autres comme cette trottinette sur laquelle s’enfuit la princesse tandis que la fée des lilas virevolte en patins à roulettes.

L’Espagnol Emilio Sagi, qui signe la mise en scène, offre un écrin stylisé, chorégraphié en parfaite harmonie avec l’onirisme et la fantaisie de la féérie musicale, le tout magnifié par des costumes sompteux de Pepa Ojanguren.

La magie fonctionne aussi grâce aux interprètes. Marie Oppert dans le rôle titre est une princesse solaire à la voix d’or tandis que la fée des lilas interprétée par l’Anglaise Emma Kate Nelson, a l’espièglerie de son audace et de sa franchise.

Mathieu Spinozi, impeccable, incarne le prince du royaume rouge. Michaël Denard est le père de Peau d’âne, le roi du royaume bleu avec une intonation et une gestuelle qui évoquent dans un passage de flambeau, celles de Jean Marais. La danseuse étoile Marie-Agnès Gillot, qui avait fait ses adieux au ballet de l’Opéra en mars dernier, est la savoureuse reine du royaume rouge,

Quant à Christine Gagnieux qui a travaillé avec les plus grands metteurs en scène, elle est formidable dans l’incarnation de la vieille cracheuse de crapauds. Enfin, Claire Chazal qui joue la narratrice tout au long du spectacle, apporte sa voix chaude et délicatement posée.

INFOS

Dates : du 14 novembre au 17 février 2018 l Lieu Théâtre de Marigny (Paris)
Metteur en scène : Emilio Sagi

Note
Originalité
Scénographie
Mise en scène
Jeu des acteurs
Amaury Jacquet
Si le droit mène à tout à condition d'en sortir, la quête du graal pour ce juriste de formation - membre de l'association professionnelle de la critique de théâtre de musique et de danse - passe naturellement par le théâtre mais pas que où d'un regard éclectique, le rédac chef rend compte de l'actualité culturelle.

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