“La Trilogie de la vengeance” : le coup de semonce de Simon Stone

"La Trilogie de la vengeance" : le coup de semonce de Simon Stone
Valeria Bruni Tedeschi et Eric Caravaca dans “La Trilogie de la vengeance” de Simon Stone © Elizabeth Carecchio

“La Trilogie de la vengeance” : le coup de semonce de Simon Stone

C’est à partir d’une mise en perspective avec trois grands dramaturges élisabéthains (William Shakespeare, Thomas Middleton, John Ford) et un de leurs contemporains espagnols (Lope de Vega) que Simon Stone puise le matériau de son nouveau spectacle.

Quatre tragédies de la vengeance, dans lesquelles historiquement les femmes sont représentées en criminelles ou en victimes. Souvent objets, à peine sujets, quasiment toujours aliénées. Infâmes à moins d’être innocentes.

Stone questionne donc cet héritage dramatique de la violence misogyne et patriarcale en le portant sur une triple scène, pour le mettre à l’épreuve d’une troupe presque exclusivement féminine dont le chœur symbolique porté admirablement par la troupe de comédiennes, renverse cette fois les rôles et le rapport de force, qui voit alors ces héroïnes maltraitées se réapproprier leur destin et se venger de la violence des hommes. Un spectacle choral captivant.

Et pour cette mise en abyme d’un drame élisabéthain revu et corrigé à l’ère contemporaine dont le bruit et la fureur sont au rendez-vous, Stone imagine une scénographie qui répartit les spectateurs en trois lieux différents. Ces espaces étant contigus, le public comme les acteurs se déplacent d’une salle et d’un plateau à l’autre.

Trois décors donc : l’un représente l’open space d’un lieu de travail où les femmes sont sujettes au harcèlement ; l’autre, une chambre d’hôtel, réceptacle de la désillusion amoureux et du règlement de compte d’un couple, le troisième étant un restaurant où se déroule un mariage. Le tout en trois temporalités à travers lesquelles ces femmes évoluent, mûrissent, vieillissent, sur une vingtaine d’années, depuis la fin des années 80 jusqu’à aujourd’hui.

Et comme elles incarnent chacune trois personnages et que l’homme en joue deux, au final, l’ensemble s’apparente à un Rubik’s Cube qui ne cesse d’évoluer au gré de la dramaturgie et de son boomerang.

Un collectif en état de grâce

On est saisi par cette inspiration audacieuse à l’esthétique ultrasophistiqué, en lien direct avec le monde d’aujourd’hui, dont la forme narrative prend les allures d’une sitcom. D’une efficacité redoutable, la mise en scène de Simon Stone donne toute sa place à l’action, aux situations, et à la riposte de ces femmes qui se rebellent contre un ordre établi, en se vengeant de leurs agresseurs dans une énergie et un mental salvateurs.

Les comédiennes : Valeria Bruni Tedeschi, Nathalie Richard, Adèle Exarchopoulos, Servane Ducorps, Eye Haïdara, Pauline Lorillard et Alison Vence sont criantes de justesse et de spontanéité ou chacune porte et révèle au plus près d’une fêlure intime, sa propre vérité. Quant à Eric Caravaca, il est ce personnage monstre et monstrueux.

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Dates : du 8 mars au 21 avril 2019 l Lieu : Berthier 17e (Paris)
Metteur en scène : Simon Stone

Note
Originalité
Scénographie
Mise en scène
Jeu des acteurs
Amaury Jacquet
Si le droit mène à tout à condition d'en sortir, la quête du graal pour ce juriste de formation - membre de l'association professionnelle de la critique de théâtre de musique et de danse - passe naturellement par le théâtre mais pas que où d'un regard éclectique, le rédac chef rend compte de l'actualité culturelle.

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