Lady Macbeth de Msensk à l’Opéra Bastille : L’amour à mort selon Warlikowski

Lady Macbeth de Msensk à l’Opéra Bastille : L’amour à mort selon Warlikowski
Lady Macbeth du district de Mzensk par Krzysztof Warlikowski (© Bernd Uhlig / Opéra national de Paris)

Lady Macbeth de Msensk à l’Opéra Bastille : L’amour à mort selon Warlikowski

Lady Macbeth de Mzensk est un brûlot, un coup de poing, un de ces opéras qui marque durablement l’imaginaire. Chef-d’œuvre d’un Chostakovitch d’à peine trente ans, le livret entraine l’art lyrique sur des voies sulfureuses. Où le déchaînement du désir est le résultat d’une oppression vécue par une femme prisonnière du carcan des conventions sociales et prête à toutes les transgressions.

La solitude de l’héroïne y est intenable, la pression sociale étouffante, l’amour, emporté par une sexualité explicite. Le tout traité dans un mélange de lyrisme incendiaire et d’ironie grinçante. L’orchestre de Chostakovitch ? Du métal en fusion. Ses personnages ? Des paysans, des bagnards, des policiers véreux dont les griffes écrasent peu à peu la fragile Katerina, métamorphosée de scène en scène en Lady Macbeth sanguinaire.

Lorsque, dans les années 1930, Staline découvrit l’opéra de Chostakovitch, il quitta la salle avant même la fin du spectacle, laissant La Pravda dénoncer le lendemain un “chaos au lieu de musique“. Quatre-vingt ans après, la modernité et l’emportement transgressif de Lady Macbeth n’ont rien perdu de leur intensité et témoignent de la même charge et puissance abrasive.

L’opéra est inspirée du roman homonyme de Nikolaï Leskov qui raconte l’histoire de Katerina, une femme mal mariée, au fin fond de la Russie, seule, harcelée par son beau-père Boris, et qui tombe amoureuse d’un employé de son mari, Sergueï. Elle finit par empoisonner Boris qui a découvert leur liaison, puis étrangle avec l’aide de Sergueï son mari Zynovy qui les a surpris. Le corps dissimulé dans la cave, ils s’apprêtent à se marier quand le cadavre est découvert.

Les amants sont arrêtés et condamnés au bagne en Sibérie. Pendant le trajet Sergueï reproche amèrement à Katerina d’être responsable de la situation. Il courtise une jeune fille qui se donne à lui pour une paire de bas qu’il réclame à Katerina. Celle-ci entraîne alors la fille dans le fleuve où elles se noient toutes les deux.

Krzysztof Warlikowski dont on connait la singularité et l’exigence de metteur en scène, accompagne cette descente aux enfers au plus près de l’œuvre et de la musique aussi suggestive qu’explosive. Dans un geste radical et qui sonne juste, il transpose l’intrigue sur fond d’un abattoir dont l’univers bestial renvoie à la violence extrême des rapports humains.

Le décor glaçant élaboré par Małgorzata Szczęśniak est constitué d’un vaste espace propice au découpage séquentiel ainsi qu’au déploiement de l’histoire qui expose l’héroïne (meurtrière mais amoureuse) à un désir ravageur de la chair et à un monde dépossédé de toute humanité. A la fois salon, chambre, église, puis prison, les éléments scénographiques sont interchangeables où les lumières, la vidéo, convoquent de concert des séquences ultra-réalistes et oniriques, en projection totale avec la lecture de la dramaturgie et son embrasement orchestral.

Une mise en situation qui cristallise la noirceur d’une condition humaine aux abois mais aussi le délitement d’une société machiste et violente où cruauté, trahison, perdition sont à l’œuvre.

Et dans cette fuite en avant, la soprano lituanienne Ausriné Stundyté est exceptionnelle d’incarnation où sa voix puissante impose un tempérament de feu. Quant à son partenaire qui joue l’amant Sergeï (Pavel Cernoch), il est cet objet du désir fébrile à la tonalité vocale dense et enveloppante.

Le reste de la distribution est au diapason, le tout emmené par une direction d’acteurs/chanteurs au cordeau. Où chaque geste/vocalise s’empare du drame, l’explore et le révèle sur la trame musicale à la fois brûlante et tendue, dont l’architecture se charge et se déploie avec force sous la direction de Ingo Metzmacher.

INFOS

Dates : du 2 au 25 avril 2019 Lieu : Opéra Bastille (Paris)

Metteur en scène : Krzysztof Warlikowski

Note
Originalité
Scénographie
Jeu des acteurs/chanteurs
Mise en scène
Amaury Jacquet
Si le droit mène à tout à condition d'en sortir, la quête du graal pour ce juriste de formation - membre de l'association professionnelle de la critique de théâtre de musique et de danse - passe naturellement par le théâtre mais pas que où d'un regard éclectique, le rédac chef rend compte de l'actualité culturelle.

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