L’amour sous emprise, la famille en héritage
Avec sa nouvelle mise en scène, Jean-Robert Charrier dépasse la simple comédie familiale pour sonder la transmission silencieuse des rapports de domination.
Portée par Josiane Balasko, Marilou Berry et Riad Gahmi, la pièce « Ça, c’est l’amour » explore comment l’amour peut devenir un terrain miné — et comment les schémas affectifs se répètent d’une génération à l’autre.
Le spectacle se présente d’abord comme une pièce sur la famille : retrouvailles, tensions, humour parfois frontal. Mais très vite, une autre lecture s’impose. Ce qui se joue ici n’est pas seulement un conflit familial : c’est la circulation de la violence dans les liens intimes.
La relation de couple formé par le personnage de Marilou Berry et celui de Riad Gahmi introduit une dimension plus sombre.
La pièce suggère, sans jamais basculer dans le didactisme, un rapport de domination et de violence affective : parole qui écrase, influence qui isole, dynamique du ressentiment où l’amour devient progressivement une forme d’emprise et de contrôle.
Une mécanique de l’emprise
Rien n’est d’emblée spectaculaire. Et c’est précisément ce qui trouble. La violence insidieuse ici n’est pas une explosion, c’est un climat, une orchestration.
Ce qui donne à la pièce sa profondeur, c’est le miroir qu’elle installe entre générations. Peu à peu apparaît l’idée que le personnage interprété par Josiane Balasko a lui aussi connu une forme d’emprise amoureuse, autrefois.
Non pas un traumatisme exhibé, mais une expérience enfouie qui a modelé sa manière d’aimer et de protéger.
La pièce suggère alors une hypothèse bouleversante : si la mère s’accroche autant à sa fille, c’est peut-être parce qu’elle reconnaît, confusément, les signes d’un piège qu’elle a connu.
L’amour maternel devient ainsi ambigu : à la fois protection sincère… et reproduction involontaire d’un rapport de domination, cette fois sous forme d’autorité affective.
La transmission ne passe plus seulement par l’éducation ou les valeurs, mais par les peurs, les réflexes, les manières d’aimer.
Dans ce rôle, Josiane Balasko donne au personnage une dimension presque souterraine. Sa présence raconte autant le passé que le présent : une manière d’interrompre les autres, de surveiller, d’insister, qui laisse deviner une histoire intime jamais totalement dite.
La comédienne réussit à faire exister cette ambivalence : une mère qui envahit parce qu’elle a été, autrefois, empêchée. Une femme qui veut protéger sa fille, mais ne sait le faire qu’en resserrant l’étreinte.
Son jeu donne au spectacle sa profondeur émotionnelle : derrière la rudesse, on perçoit l’appréhension derrière la parole tranchante.
Face à elle, Marilou Berry construit une trajectoire fragile et très juste. Son personnage avance dans sa relation amoureuse comme quelqu’un qui sent confusément que quelque chose cloche, sans parvenir immédiatement à le nommer
L’actrice restitue bien cette zone grise propre aux mécanismes d’emprise : le doute, la culpabilité, la tentation de minimiser, l’espoir que tout puisse redevenir simple.
Sa performance donne à la pièce une dimension presque sociologique : elle montre comment la violence conjugale peut s’inscrire dans le quotidien sans jamais se déclarer frontalement.
Entre les deux actrices, le spectacle trouve sa vérité : un théâtre du lien, où chaque silence compte autant que les mots.
Le personnage interprété par Riad Gahmi échappe au cliché du « violent spectaculaire ». C’est justement cette banalité qui inquiète : son autorité se glisse dans les mots, dans les attentes, dans la manière d’occuper l’espace émotionnel.
La pièce réussit là quelque chose de rare : montrer la violence non comme un excès, mais comme une structure relationnelle. Un déséquilibre qui s’installe presque à bas bruit.
La scénographie reste volontairement sobre, presque domestique. Ce dépouillement renforce la sensation d’assister à quelque chose de proche, presque familier. La scène devient un espace où les mécanismes intimes se dévoilent sans filtre.
Ce choix renforce la portée du spectacle : il ne s’agit pas d’une démonstration, mais d’une observation.
En filigrane, Ça c’est l’amour parle d’un sujet profondément contemporain : la difficulté de rompre avec les schémas affectifs hérités. La pièce montre que la violence conjugale n’apparaît pas seulement comme un événement isolé, mais comme un phénomène inscrit dans des histoires familiales, des modèles appris, des fidélités invisibles.
En donnant à la comédie familiale une profondeur inattendue, la pièce trouve sa singularité. Porté par trois interprètes très incarnés, le spectacle réussit à rendre visibles les transmissions invisibles — celles des peurs, des dominations, des manières d’aimer.
Un théâtre parfois rugueux, mais attentif aux zones grises du lien amoureux, qui laisse le spectateur avec une sensation persistante : celle que l’amour, parfois, impose un héritage à déconstruire.
Dates : du 23 janvier au 26 avril 2026 – Lieu : Théâtre des Bouffes Parisiens (Paris)
Mise en scène :

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