Le 41e Festival Cinemed de Montpellier s’offre une ouverture en lettre Kapital sous l’égide de Costa-Gavras avec Adults in the room.

Costa-Gavras, en pleine forme, inaugure le 41e Cinemed. ©Jérémy Aliot

Qui d’autre que Costa-Gavras, le cinéaste franco-grec le plus engagé pour inaugurer la nouvelle présidence du Festival Cinemed de Montpellier en la personne du maire de Palerme, Leoluca Orlando, personnage vivifiant et héros moderne de cette Méditerranée libre, affranchie et universelle.

Ce vendredi 18 novembre 2019, dans une ambiance électrique surchauffée par un Corum rempli à ras-bord comme à ses plus belles heures, le Cinemed s’est offert une ouverture magistrale autour du film Adults in the room. Le tout ponctué par l’émotion ténue et retenue de son réalisateur à la longévité exceptionnelle, qui malgré tout son vécu, n’a pas pu s’empêcher d’écraser une petite larme face à la longue ovation d’un public conquis.

Crédit photos : Jérémy Aliot.

Adults in the room ou la comédie de l’absurde à son paroxysme.

Non, je vais vous éclairer assez vite, Adults in the room n’est pas une comédie mais bien un thriller politique adapté de l’expérience immersive de Yanis Varoufakis, ex-ministre des finances grec, à travers les turpitudes exaltées de la renégociation de la dette de son pays avec l’Union Européenne. Non, comme le “No Pasaran”, faisant référence à la lutte anti-faciste dans l’Espagne franquiste, et prononcé par Christos Loulis, interprète émérite de Varoufakis. Comme une ode à la résilience qui sera évidemment le fil rouge du film. Costa-Gavras revient ici à ses fondamentaux après sa douce fable humaniste sur les migrants, Eden à l’Ouest, et le thriller financier Le capital, porté par un assez faible Gad Elmaleh, et qui avait déjà eu la primeur d’ouvrir le Festival. Ici, on pense instantanément à Z, qui reste pour beaucoup de metteur en scène la matrice du film politique. On y retrouve cette vivacité des mots, cette caméra fourmillante mais au service des hommes, en l’occurrence des excellents “inconnus” Loulis et Alexandros Bourdoumis, lui dans la peau du premier ministre Tsipras. Et il en faut des mots pour expliquer au néophyte tout ce qui se trame derrière le fameux MoU dessiné par les technocrates de Bruxelles afin d’assainir les finances de la Grèce, à moins que ce ne soit les siennes ?

Christo Loulis impressionnant de mimétisme sous les traits du succulent Varos Varoufakis.

Quand le mur se fissure, la lumière guette toujours.

C’est là que la technique et la maestria du cinéma entre en jeu. Montage vif, dialogue ciselé distillée dans un langage très pédagogique malgré la technicité du propos, jeu des acteurs empathiques et enlevés, ou encore partition élégante d’Alexandre Desplat sous fond de sirtaki pour marquer le rythme et surtout appuyer la redondance de cette comédie de l’absurde qui se joue sur grand écran durant près de 2 heures. Une durée folle pour démontrer encore et encore comment le grand Kapital pipe les dés du jeu démocratique grec. En ligne de fond, on semble discerner que cela nous concerne tous. En ligne de mire, une oligarchie qui tire toutes les ficelles de politiques prisonniers d’un système sans autre issue que la fuite en avant irréelle et dévastatrice pour les petites gens. Costa-Gavras dessine à travers le destin des 2 leaders de Syriza toute la tragédie de l’humanité contemporaine, le tout dans le berceau de la démocratie. Triste constatation comme le “NON” prononcé par Wolfgang Schauble, inflexible ministre allemand, sous les traits du grand Ulrich Tukur, quand on lui demande s’il aurait signé le MoU et mis son peuple à genou. De là à voir un semblant de lumière apparaitre ? Je vous laisserai constater par vous-même, moi, la plus belle lumière de ma soirée est venue de la larme écrasée par le Président de la Cinémathèque Française lors du générique final.

L’émotion d’un grand homme, Costa-Gavras, au Cinemed capturé par ©Jérémy Aliot

Synopsis

Après 7 années de crise le pays est au bord du gouffre. Des élections, un souffle nouveau et deux hommes qui vont incarner l’espoir de sauver leur pays de l’emprise qu’il subit. Nommé par Alexis, Yanis va mener un combat sans merci dans les coulisses occultes et entre les portes closes du pouvoir européen. Là où l’arbitraire de l’austérité imposée prime sur l’humanité et la compassion. Là où vont se mettre en place des moyens de pression pour diviser les deux hommes. Là où se joue la destinée de leur peuple. Une tragédie grecque des temps modernes.

Sortie : le 6 novembre 2019
Durée : 2h04
Réalisateur : Costa-Gavras
Avec : Christos Loulis, Alexandros Bourdoumis, Ulrich Tukur, Valeria Golino, Daan Schuurmans
Genre : Thriller politique
Distributeur : Wild Bunch Distribution

Note
Originalité
Réalisation
Scénario
Jeu des acteurs
Jean-Marie Siousarram
Manipulateur de mots pour la presse web depuis quelques années. Cinéphage compulsif, féru de culture en tout genre, de voyages, de musique électronique, de foot. Rejeton de Chaplin, Hitchcock et Fincher.

1 commentaire

  1. Très bon film qui par sa manière cinématographique, invite les spectateurs à la réflexion…Costa Gavras signe un film magistral, aux composants multiples.Ces unions forgent un scénario, aux couleurs de l’actualité. Au fond la Grèce ne serait elle pas une certaine vitrine de nos démocraties ?
    Entre balbutiements de dialogues des hommes politiques, et observation du maître du 7ème art, “Adults in the Room” marquera l’apogée d’un cinéma réaliste, aux touches édulcorées, du prisme du pouvoir, évoqué sans manière par le réalisateur Franco-Grec, à voir absolument.

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