Le ballet Malandain dans les pas brûlants de Stravinski

Le ballet Malandain dans les pas brûlants de Stravinski
Le Sacre du printemps photo Olivier Houeix

Le ballet Malandain dans les pas brûlants de Stravinski

Thierry Malandain, accompagné du chorégraphe Martin Harriague, revisitent les œuvres emblématiques d’Igor Stravinski : L’Oiseau de feu et Le Sacre du printemps. Bien que ces deux ballets phares et d’anthologie aient été chorégraphiés des centaines de fois dans le passé, le programme s’attache à donner aux deux œuvres un jour nouveau. Pour cela, ils sont revenus à leur source vive. Ainsi, Thierry Malandain rend à l’Oiseau sa spiritualité biblique chargé d’apporter aux hommes sa divinité salvatrice. Une réussite.

Le conte dansé, qui fut monté pour la première fois en 1910, se libère donc de ses oripeaux russes pour élever l’âme, à travers un passeur de lumière portant au cœur des hommes la consolation et l’espoir, à l’image de François d’Assise, le saint poète de la nature qui conversait avec ses frères les oiseaux qu’ils soient d’une grande splendeur, ou bien de simples moineaux.

Cette dimension initiatique se traduit par la symbolique des couleurs au niveau des costumes : noirs dans la première partie, blancs dans la dernière, et comme une évocation christique de la Résurrection.

Tableaux saisissants que cette figure collective où 22 danseurs vêtus de soutanes noires, dans un ordre quasi militaire, ondulent, le regard accablé, au gré de vagues chorégraphiques qui s’enchaînent et se répondent, tandis qu’apparait soudain un oiseau libérateur et ensorceleur (costume rouge et or) déployant ses ailes miraculeuses entre ciel et terre, qu’interprète le merveilleux Hugo Layer. D’une grâce infinie, à la silhouette androgyne et d’une souplesse animale, il est cet oiseau incandescent qui entraîne le spectateur vers le céleste.

Martin Harriague aborde « le Sacre » avec un humour tout droit sorti du cinéma muet. Un pianiste qui pourrait être Stravinski joue doucement la mélopée qui ouvre la pièce, avant que l’orchestre n’enchaîne pendant que les vingt danseurs sortent un par un du piano. Puis commence le rite païen, réglé avec beaucoup de maîtrise et d’incarnation.

Rituel en effet d’une communauté humaine qui sacrifie l’un des siens, une jeune femme, pour glorifier la divinité du Printemps et dont la symbolique nous renvoie à notre origine et à notre fin.

A l’abri d’une chorégraphie pulsative et martelée, « Le Sacre » se charge de cette danse tellurique où la scène finale qui voit l’élue s’élever vers la lumière, comme purifiée par la violence du rite, marque à jamais les esprits. Bravo.

Dates : du 4 au 12 novembre 2021 – Lieu : Théâtre National de Chaillot (Paris)
Chorégraphes : Thierry Malandain et Martin Harriague

NOS NOTES ...
Originalité
Chorégraphie
Danseurs
Si le droit mène à tout à condition d'en sortir, la quête du graal pour ce juriste de formation - membre de l'association professionnelle de la critique de théâtre de musique et de danse - passe naturellement par le théâtre mais pas que où d'un regard éclectique, le rédac chef rend compte de l'actualité culturelle.

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