Le retour théâtral et triomphal de Mats EK à Garnier

Le retour théâtral et triomphal de Mats EK à Garnier
© Ann Ray

Le retour théâtral et triomphal de Mats EK à Garnier

Danseur et chorégraphe suédois, Mats Ek a commencé sa carrière comme metteur en scène de théâtre et n’a opté pour la danse qu’en 1973, lors de son entrée dans le Ballet Cullberg dont il sera le directeur artistique de 1985 à 1993. Il y signera une trentaine de chorégraphies, toutes innovantes.

Ses lectures provocantes de Giselle (1982), du Lac des Cygnes (1987), de La Belle au Bois dormant (1996) ou de Carmen (2002) ont fait sa célébrité. De retour au théâtre dans les années 1990, Mats Ek y fera danser les acteurs. Il travaillera également pour la télévision (La Vieille et la Porte, en 1991, un film ayant sa mère pour interprète).

Sa danse physique et expressive non dépourvue d’humour, s’imprègne de toute la dimension intime, charnelle, guerrière, jusqu’auboutiste de l’héroïne de Bizet, qui voit les corps exacerber l’urgence fiévreuse, la provocation et la liberté.

La Carmen de Mats Ek est une femme sulfureuse et dominatrice qui brûle d’un désir ardent et d’une combattivité émancipatrice, comme le symbolise la longue traîne rouge de la danseuse, étendard de tous les combats et de toutes les victoires. Le chef d’œuvre de Bizet se charge alors d’une dimension guerrière et passionnelle, violente et triviale, empreint d’une tension dramatique.

Une danse sensorielle

Après l’entracte, on découvre sur la Sonate en si mineur pour piano de Liszt, Another place, un pas de deux. Il met en scène un homme et une femme jeunes, vêtus d’habits de ville, qui se cherchent sans jamais se trouver. Et explore sans relâche l’histoire d’un couple emporté par l’usure du quotidien aux prises entre l’évitement, la fuite et un rapprochement irréconciliable. Une alternance de mouvements entre impulsion et rupture qui déploie dans une veine théâtrale facétieuse si propre au chorégraphe, des sauts vifs et des cambrures franches, dans une dialogue aussi intime qu’irrésolu.

Sans transition le programme se poursuit avec l’arrivée d’une vingtaine de danseurs sur scène juste avant la première note du Boléro, qui font bloc face à un homme avec un seau d’eau dont il verse le contenu dans une baignoire, répétant ainsi son geste inlassablement. Tout autour de lui, des individus travaillent, se battent, tombent, aiment : l’humanité se donne à voir. Par deux, par trois, par cinq ou même en solo, les 20 danseurs, en combinaison unisexes anthracite à capuche faussement uniforme, entrent et sortent en groupes plus ou moins grands, seuls ou en duo, au rythme des entrées instrumentales, du thème et du contre-thème, tandis que, le vieil homme poursuit inexorablement son parcours et son geste immuable de remplissage.

Dans un mouvement parfaitement réglé, la chorégraphie suit le lent crescendo de la musique et son effet d’entrainement hypnotique. Le groupe focalise au rythme de la partition entre répétition et altération, l’instant fatidique et libérateur où le vieil homme se jette dans le bain pour un effet aussi saisissant que salvateur. Bravo !

Dates : du 7 mai au 5 juin 2022 – Lieu : Palais Garnier (Paris)
Chorégraphe : Mats EK

NOS NOTES ...
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Scénographie
Chorégraphie
Si le droit mène à tout à condition d'en sortir, la quête du graal pour ce juriste de formation - membre de l'association professionnelle de la critique de théâtre de musique et de danse - passe naturellement par le théâtre mais pas que où d'un regard éclectique, le rédac chef rend compte de l'actualité culturelle.
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