L’Hôtel du Libre-Echange : le Feydeau gagnant d’Isabelle Nanty

L’Hôtel du Libre-Echange – © Brigitte Enguérand, coll. Comédie-Française.

L’Hôtel du Libre-Echange : le Feydeau gagnant d’Isabelle Nanty

L’Hôtel du Libre-Echange, vaudeville de Feydeau, est de retour sur scène après son entrée au répertoire de la Comédie-Française en 2017. Isabelle Nanty qui met en scène ce grand classique du dramaturge, en exploite toute la charge burlesque mais aussi les brisures mélancoliques, révélatrices chez les protagonistes du drame bourgeois. Hilarant.

Tous les ingrédients du vaudeville sont ici réunis et savamment orchestrés entre les jeux de situation qui affolent les protagonistes (péripétie, quiproquo, face-à-face impromptu) et la folie langagière qui atteint les personnages dans une fuite en avant aussi urgente que dérisoire, parfois d’une grande violence.

La mécanique du vaudeville mais pas que ! 

Deux couples voisins et amis, les Paillardin et les Pinglet, se plaignent de leurs conjoints respectifs. Les deux insatisfaits en l’occurrence M Pinglet et Mme Paillardin, sont prêts à en découdre et s’accordent donc pour commettre le soir même l’adultère.

Or, Pinglet reçoit dans son courrier une publicité émanant de l’Hôtel du Libre-Echange dont le prospectus vante la “sécurité et la discrétion”, précisant qu’il est “recommandé aux gens mariés ensemble ou séparément”.  

Il le choisit ou, quand le hasard va conduire au même moment et au même endroit, des personnages qui voulaient absolument s’éviter ! 

Panique, fuite, effroi, retranchement, méprise, sont alors propices à des scènes aussi comiques qu’explosives où les personnages n’ont cesse de se débattre avec leur angoisse existentielle et leurs désirs de transgression.

L’univers burlesque de Feydeau se part d’une critique féroce de la bourgeoise qui s’abrite derrière les conventions.

Un monde d’apparences où elle est capable de se montrer aussi lâche que cruelle pour sauver sa peau quand elle se sent acculée et en danger.

De ce sauve qui peut qui consume les protagonistes, Isabelle Nanty sait traduire par delà la mécanique infernale des procédés qu’elle maîtrise à la perfection, cette tension psychologique et cette impossibilité à être de personnages corsetés et en souffrance.

Elle est servie par une distribution au diapason. Michel Vuillermoz est exceptionnel de virtuosité dans le rôle de Pinglet qui le confronte à la déroute de son stratagème.  Anne Kessler et Florence Viala sont des conjointes étonnantes de candeur et de folie tandis que Laurent Lafitte incarne un Bastien aussi ambigu que maléfique. Quant à  Christian Hecq, il est abracadabrantesque de drôlerie dans le rôle de Mathieu, l’ami bègue et crédule flanqué de ses quatre filles.

 

INFOS

Dates : Du 02 avril au 25 juillet 2019 en alternance l Lieu : Comédie-Française (Paris)
Metteur en scène : Isabelle Nanty

Note
Originalité
Scénographie
Mise en scène
Jeu des acteurs
Amaury Jacquet
Si le droit mène à tout à condition d'en sortir, la quête du graal pour ce juriste de formation - membre de l'association professionnelle de la critique de théâtre de musique et de danse - passe naturellement par le théâtre mais pas que où d'un regard éclectique, le rédac chef rend compte de l'actualité culturelle.

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