« Love Chapter 2 » : la danse sous haute tension de Sharon Eyal et Gai Behar
Photo : © André Le Corre

« Love Chapter 2 » : la danse sous haute tension de Sharon Eyal et Gai Behar

Sharon Eyal est née à Jérusalem en 1971. Elle danse au sein de la Batsheva Dance Company de 1990 à 2008. D’abord assistante à la direction artistique, elle devient chorégraphe associée de la compagnie entre 2005 et 2012. En 2013, Sharon Eyal lance avec son collaborateur de longue date Gai Behar, la compagnie L-E-V, nom qui signifie « coeur » en hébreu.

LOVE chapter 2 s’inspire d’un poème slamé de Neil Hilborn traduisant dans les corps les émotions mises à mal. Sous le beat implacable qu’impose le crescendo techno de Gai Behar et Ori Lichtik, la chorégraphie développe une danse hybride et impulsive, où les pulsions corporelles font corps avec les pulsations de la musique.

Passant d’une danse fluide au cassant, la chorégraphie se fait altière et fiévreuse, arrêtant les mouvements dans l’élan avec une précision de scalpel. Comme si Sharon Eyal cherchait à donner forme à la dimension obscure d’une danse en résistance.

Un corps à corps dansé 

Love Chapter 2 évoque l’effondrement. Une fois l’explosion de l’amour consommée. « Je vis, j’aime, je fonctionne tout en étant brisé.e en miettes d’amour ». Un manifeste qui traduit la saccade et l’urgence d’une continuation, après le désastre.

L’amour cesse donc. Mais l’énergie perdure. Corps aux prises avec le manque, à l’impossible solitude. Danse éperdue, furieuse, Love Chapter 2 scrute un désir qui refuse de s’éteindre. Après la perte et son vertige, la danse continue. Là où ne reste que l’illusion qui se prolonge dans un corps aveuglé, épuisé. Sans garde-fou, le danger devient soi dirigé contre soi. Le désir non consommé réclame son dû, et les corps des danseurs brûlent d’une force noire. Cadencée et avide, la pièce Love Chapter 2 plonge ainsi dans le trop-plein du manque.

Les sons obsédants et répétitifs d’Ori Lichtik exercent alors un pouvoir absolu sur les danseurs, leurs corps étant habités d’une énergie combative et potentiellement ravageuse, mais toujours contenue. Le tout pour une danse à l’unisson impétueuse, nerveuse, et sophistiquée.

Sous haute tension, la danse sculpte chaque muscle, chaque torsion, chaque contraction. Avec une maîtrise sans failles, Love Chapter 2 portée par une physicalité extrême, accompagne sans relâche l’effervescence d’un brûlure intérieure.

Dates : du 21 au 24 juillet 2021 – Lieu : Lycée Jacques-Decour (Paris 9ème) dans le cadre de la programmation du Festival Paris l’été
 Chorégraphie : Sharon Eyal, Gai Behar

NOS NOTES ...
Originalité
Chorégraphie
Si le droit mène à tout à condition d'en sortir, la quête du graal pour ce juriste de formation - membre de l'association professionnelle de la critique de théâtre de musique et de danse - passe naturellement par le théâtre mais pas que où d'un regard éclectique, le rédac chef rend compte de l'actualité culturelle.

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