“Love”, le théâtre social en toute intimité d’Alexander Zeldin

"Love", le théâtre social en toute intimité d'Alexander Zeldin
Love, texte et mise en scène Alexander Zeldin, © Sarah Lee

“Love”, le théâtre social en toute intimité d’Alexander Zeldin

Avec Love, Alexander Zeldin nous plonge au cœur d’une réalité sociale dont le réalisme le dispute magistralement à l’intensité des émotions.

Dans un lieu d’accueil temporaire au Royaume-Uni, des personnages en attente de relogement se trouvent forcés de cohabiter. Un homme et sa mère âgée, une famille qui attend un enfant, deux émigrés en transit et autant de trajectoires sur le thème de l’exclusion sociale et des liens intimes qui constituent alors un dernier rempart d’humanité.

Car c’est là toute la force de la pièce où ces liens sont comme des boucliers de résistance aux humiliations de la pauvreté, à sa promiscuité, et à la violence d’un système social aussi impitoyable qu’implacable.

La famille est contrainte de rester dans le foyer car le père a perdu ses droits au chômage pour n’avoir pas pu pointer le jour où les huissiers ont débarqué chez lui, suite au non paiement des loyers trop fortement augmentés.

Dans la pièce de vie commune où l’on se dispute un coin de table ou l’accès à la salle de bain, chacun s’observe et défend son pré carré, tout en espérant retrouver rapidement une vie meilleure.

Des liens intimes au sursaut intérieur

L’inertie des démarches administratives pour retrouver un logement ou encore ces moments volés et consacrés aux répétitions d’un spectacle d’école sont autant d’instantanés qui laissent entrevoir un vécu aux prises avec des désillusions, des tensions, des impatiences sourdes mais aussi la nécessité de préserver un semblant de vie normale.

Alexander Zeldin ne s’attache pas à la reconstitution documentaire d’une lutte ordinaire face à la misère sociale mais à son ressenti intime et à son sursaut intérieur où se crée alors un autre rapport au monde : sensible et onirique.

La pièce est une longue traversée émotionnelle qui vient bousculer en douceur le spectateur, soutenue par un jeu incandescent et des questionnements sociaux.

Les acteurs, formidables, sont emmenés par Luke Clarke (impeccable) dans le rôle du père attentif aux siens, parfois dépassé mais toujours combatif et Anna Calder-Marshall qui tient celui de la mère âgée où bouleversante de vérité, elle est toujours sur le fil entre l’ici et l’ailleurs, la vie et bientôt la mort.

D’une saisissante interrogation, le dramaturge nous renvoie à l’intranquillité du monde mais aussi à cette expérience humaine dont la force intérieure est une sentinelle envers et contre tout. Bravo !

INFOS

Dates : du 5 au 10 novembre 2018 (Festival d’Automne) l Lieu Ateliers Berthier (Paris)
Metteur en scène :  Alexander Zeldin

 

Note
Originalité
Scénographie
Mise en scène
Jeu des acteurs
Amaury Jacquet
Si le droit mène à tout à condition d'en sortir, la quête du graal pour ce juriste de formation - membre de l'association professionnelle de la critique de théâtre de musique et de danse - passe naturellement par le théâtre mais pas que où d'un regard éclectique, le rédac chef rend compte de l'actualité culturelle.

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