Madame Butterfly ou l’univers poétique en majesté de Bob Wilson

Madame Butterfly : l’univers poétique en majeste de Bob Wislon
Rodolphe Briand et Laurent Naouri – Madame Butterfly par Robert Wilson (© Svetlana Loboff / Opéra national de Paris)

Madame Butterfly ou l’univers poétique en majesté de Bob Wilson

Madame Butterfly est de retour à Paris et cette production de Bob Wilson demeure encore un choc émotionnel, tant son univers hypnotique fait naître un nouveau rapport au plateau, décomposant le temps et l’espace jusqu’à tendre à l’intemporalité.

Car qui mieux que Bob Wilson, irréductible japanophile, pour mettre en scène cette œuvre japonisante où s’esquisse sur fond de réalité fantasmé la figure délicate de l’héroïne séduite puis abandonnée, la plus émouvante que Puccini ait jamais créée.

Imprégnée donc de la culture et des rites japonais, Madame Butterfly raconte l’histoire d’un lieutenant américain (Pinkerton) qui courtise puis épouse par amusement une geisha, nommée Cio-Cio-San (Madame Papillon, en français).

Après une courte idylle, Pinkerton retourne en Amérique, promettant à Butterfly de vite revenir. Celle-ci, malgré l’opprobre dont la société et sa famille l’ont accablée après s’être convertie au christianisme par amour, s’obstine éperdument, dans une attente contemplative et mélancolique, à entretenir la flamme et à espérer revoir son mari.

De leur brève liaison est né un enfant. Trois ans ont passé et Butterfly refuse toujours les prétendants qu’on lui présente. Goro l’entremetteur l’avertit mais il ne peut aller jusqu’au bout : elle refuse de l’entendre et affirme qu’elle préférera mourir plutôt que redevenir geisha.

Mais lorsque, quelques années plus tard, Pinkerton revient à Nagasaki, elle revit à nouveau avant de sombrer dans le désespoir. Pinkerton s’est en effet marié et accompagné de sa nouvelle femme américaine, il est revenu pour lui demander de lui rendre son fils. Dans un ultime renoncement Madame Butterfly s’y soumettra avant de se suicider en se poignardant.

Avec Madame Butterfly, tragédie intimiste qui offrait à Puccini la matière à une composition luxuriante et impressionniste, traversée par une musique colorée et passionnée, Bob Wilson y calque sa partition formelle/abstraite (images – lumières – scénographie) et son épure extrême, portant à son paroxysme la dimension intérieure, sensorielle, dramatique et mélodique de l’œuvre.

D’une épure virtuose, la mise en scène immaculée s’empare avec un geste visuel absolu de cet amour impossible, où les chanteurs/comédiens à la gestuelle inspirée du théâtre nô impriment un jeu millimétré et hiératique. Tandis que des faisceaux de lumière cerclent les visages et morcellent les corps aux prises avec la passion dévorante, sa trahison puis son offrande sacrificielle.

A l’abri en fond de scène d’un à-plat lumineux propre au vocabulaire wilsonien, se projettent successivement différents tons d’abord bleutés puis progressivement refroidis et métallisés au gré des changements de situation et d’affect des personnages. Le tout dans une chorégraphie scénique aux lignes graphiques qui ouvre ou délimite la perspective et scrute de ces images glacées la dramaturgie.

L’orchestre, emmené d’une main experte par Giacomo Sagripanti, se charge des voix irradiantes à la transparence vibrante sacralisant l’emprise du drame intemporel emprunte des illusions perdues. Ou quand l’art protéiforme du maître texan rencontre le feu puccinien pour un spectacle total.

Dates : du 14 septembre au 13 novembre 2019 – Lieu : Opéra Bastille (Paris) –
Metteur en scène : Bob Wilson

Note
Originalité
Scénographie
Plateau vocal
Mise en scène
Amaury Jacquet
Si le droit mène à tout à condition d'en sortir, la quête du graal pour ce juriste de formation - membre de l'association professionnelle de la critique de théâtre de musique et de danse - passe naturellement par le théâtre mais pas que où d'un regard éclectique, le rédac chef rend compte de l'actualité culturelle.

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