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[MANGA] La Guilde marchande de Pandémonia – Tome 4, de Kachou Hashimoto (Glénat)

Couverture La Guilde marchande de Pandémonia Tome 4 Kachou Hashimoto Glénat [MANGA] La Guilde marchande de Pandémonia, T4, de Kachou Hashimoto (Glénat)

Le 26 août 2026, Glénat publiait deux fins de série signées de la même main. D’un côté Arbos Anima, chantier ouvert en France depuis dix ans. De l’autre La Guilde marchande de Pandémonia, lancée ici en février et déjà bouclée en quatre volumes. Kachou Hashimoto travaille vite quand le format s’y prête : prépubliée dans le Magazine Pocket de Kodansha de juin 2024 à février 2025, la série était close au Japon avant même que la France ne l’ouvre. Ce tome 4 en donne la mesure : 192 pages pour conclure une fantasy qui aura passé son temps à refuser le duel. Ici, on ne gagne pas en frappant. On gagne en discutant le prix.

Négocier avec la reine de l’hiver

La route commerciale interdite s’ouvre enfin devant Lucciola Lunatria et son équipe. Ce qu’ils y trouvent tient du cauchemar poli : une plaine de glace où les monstres ont été saisis vivants, figés en pleine course. Au bout de la route se tient la reine de l’hiver, qui doit son pouvoir au miroir des glaces — logé dans son torse, ce qui complique un peu la transaction. Lucciola tente de dégeler l’une de ses victimes. Mal lui en prend : la voilà prise à son tour, avec l’aube pour échéance, tandis que Meena est emmenée en otage au palais.

Neutraliser l’héroïne dès l’entrée en matière est le meilleur choix du volume. Toute la série repose sur l’échange plutôt que sur la force, mais elle avait jusqu’ici laissé à Lucciola la possibilité théorique de dégainer ses trois griffes d’argent. Plus maintenant : elle négocie depuis un bloc de glace, contre la montre. Et c’est Meena qui fait le travail au palais, par la flatterie d’abord, puis en changeant complètement de méthode. Derrière la reine, elle finit par trouver une enfant qui a perdu sa mère et qui hait le printemps. Hashimoto tient là son combat de boss : une conversation.

Une fantasy qui compte ses sous

Rappelons d’où l’on vient. Pandémonia, ce sont les terres en marge du continent humain, où monstres et hommes s’affrontent selon la loi du plus fort. Lucciola, venue de Castrelune, y opérait dans une troupe de héros chargée d’éliminer les monstres, avant que sa rencontre avec Bilkis Draco, membre de la guilde marchande, ne lui fasse découvrir un autre métier : leur vendre quelque chose plutôt que les abattre. Le renversement pourrait n’être qu’une bonne blague de départ. Il structure tout le récit, jusque dans son vocabulaire — rangs, stocks, marges, réputation.

La plus belle idée du tome est administrative. Pour arracher le miroir, la guilde retourne dans une base installée dix ans plus tôt et y déterre ses archives : tous les contrats passés depuis l’origine, y compris ceux qui avaient été refusés. On ne gagne pas contre la reine de l’hiver avec une épée. On gagne avec des dossiers. Hashimoto va jusqu’au bout de son postulat, et l’ultime argument — parler avec sincérité et sans calcul — n’est pas présenté comme une morale mais comme une tactique risquée, dont le prix se paie comptant.

Le trait de Hashimoto au pays du gel

Graphiquement, le volume est le plus beau de la série, et l’écart n’est pas mince. Le paysage glacé permet à l’autrice de jouer sur des noirs profonds cernés de larges blancs, trames réduites au minimum : on croirait par moments regarder une gravure. Les monstres pris dans la glace, dessinés avec ce mélange de précision naturaliste et de difformité tranquille qu’on lui connaît depuis Cagaster, valent le détour à eux seuls. Ceux qui ont suivi l’autrice depuis ses insectes retrouveront la même façon de rendre le non-humain à la fois répugnant et digne.

Le bémol vient d’ailleurs, et il a été signalé dès le tome 1 par la critique : les personnages changent d’avis vite. Trop, parfois. Il suffit d’un argument bien tourné pour qu’un adversaire révise entièrement sa position, et la reine de l’hiver ne fait pas exception. On accepte la convention parce qu’elle est le sujet même de la série. Elle coûte quand même un peu de résistance au récit.

Quatre tomes, et une porte laissée ouverte

La fantasy de comptoir n’est pas une invention de 2024 — les marchands rusés courent le genre depuis longtemps. Ce que Pandémonia apporte, c’est le refus assumé de garder l’épée en réserve pour le dernier chapitre. Jusqu’au bout, la solution passe par le contrat.

Reste que la brièveté joue dans les deux sens. Les chroniqueurs qui ont lu ce tome 4 le disent tous : le monde avait encore de quoi tenir, un retournement tardif du côté du roi démon manque de préparation, et quelques fils secondaires se replient trop vite. Quatre tomes, ce n’est pas tout à fait une conclusion ; c’est un arrêt propre. On refermera le volume avec un contentement mêlé de frustration, ce qui n’est pas la pire façon de quitter une série. Hashimoto, elle, ne s’arrête pas : son nouveau manga, Shinikake Shôjo to Kumo Ôji, démarre dans le Magazine Pocket le 11 septembre prochain. Une jeune fille au bord de la mort et un prince araignée. On signe d’avance.

📖 Résumé de l’éditeur

Rachetons à la reine de l’hiver son zéro absolu, qui peut geler toute chose !! Lucciola et son équipe se sont enfin engagés sur la route commerciale interdite. Sous leurs yeux ébahis s’étend un paysage de glace où les monstres sont gelés vivants. Pour avancer vers les terres interdites, il va d’abord falloir convaincre un monstre très puissant, la reine de l’hiver, de négocier. Mais elle ne semble guère ouverte au dialogue et a même gelé les griffes d’argent de Lucciola… Parlons avec sincérité et sans calcul. Pour qu’ensemble, nous marchions vers l’avenir.

📚 Fiche éditeur

Scénario et dessin Kachou Hashimoto
Traduction Jocelin Meunier
Éditeur Glénat Manga — collection Shonen
Date de sortie 26 août 2026
Prix 7,20 €
EAN 9782344076880
Pagination 192 pages
Format Souple, noir et blanc — série complète en 4 tomes
NOS NOTES ...
Originalité
Scénario
Dessin
Plaisir de lecture
Gaël a créé Publik'Art en 2009. Notaire de formation, il est responsable de la rubrique BD et gère l'administration du site (webmaster). Il vit dans le sud de la France d'où il anime le webzine avec les membres de la rédaction, présente sur la majeure partie de l'hexagone : Paris, Bayonne, Montpellier, Lille, Lyon.
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