Pierre et Gilles, Mercure, 2001.
Pierre et Gilles, Mercure, 2001

Dans la grande salle d’exposition de l’ancienne gare d’Orsay, Masculin / Masculin met en scène l’homme nu dans l’art depuis le début du XIXème siècle. Une première en France alors que la nudité masculine a de tout temps inspiré les grands maitres de l’art pictural, de la sculpture et de la photographie. L’année dernière, l’exposition Nackte Mânner au Leopold Museum de Vienne mettait également ce thème à l’honneur en présentant une exposition consacrée au nu masculin.

Jacques Louis David (1748-1825), Académie d’homme, dit Patrocle, 1778
Jacques Louis David (1748-1825), Académie d’homme, dit Patrocle, 1778

Richesse et éclectisme. De l’éminent Jacques-Louis David aux photographes Pierre et Gilles, en passant par le symboliste Gustave Moreau ou l’excentrique David LaChapelle, l’éclectisme et la richesse des œuvres présentées sont étonnants. Certaines impressionnent : citons parmi elles, la musculature d’une incroyable précision du Patrocle de David allongé sur son drapé rouge, tournant le dos dans une impression de mouvement. Produit du néoclassicisme du XIXème siècle, il rappelle la « noble simplicité et calme grandeur » des Dieux antiques évoquées par l’esthète allemand Winckelmann, pour qui la beauté idéale des statues grecques ne pouvait s’exprimer que dans le nu masculin. Un peu plus loin, gisant allongé au milieu d’une salle, le Père Mort  de Ron Mueck dégage une atmosphère angoissante, presque morbide, rappelant à l’homme sa condition de mortel. Le corps est abordé sous toutes ses formes, de l’idéalisme classique à la souffrance réaliste. Il est glorieux, parfois harmonieux et idéalisé, mais également représenté sans fard dans une extase morbide, soumis aux stigmates et aux martyrs.

David LaChapelle, Would-Be Martyr and 72 virgins, 2008
David LaChapelle, Would-Be Martyr and 72 virgins, 2008

Un parcours hasardeux. Préférant une approche thématique à une présentation chronologique (certes plus classique) des œuvres proposées, l’exposition perd parfois son visiteur dans un parcours quelque peu hasardeux. Découpée en 6 sections parmi lesquelles se trouvent 187 œuvres, elle rassemble 71 peintures, 21 sculptures et 95 œuvres graphiques dont 75 photographies. « Le parti-pris est d’établir un véritable dialogue entre les époques pour donner à voir les réinterprétations suscitées par certains artistes sur des œuvres antérieures » lit-on dans le communiqué de presse.  Si l’idée était intéressante et moins scolaire qu’une classification par période et courant artistique, elle crée néanmoins une certaine confusion des genres et des époques : le portrait d’Yves Saint Laurent et le Eminem de David LaChapelle se retrouvent curieusement au beau milieu des héros mythologiques sous le thème « dur d’être un héros ».  Martyrs judéo-chrétiens, dieux du stade, chanteurs de rap américains, héros de la mythologie grecque et grands noms de la mode s’entrecroisent dans cette galerie. Parsemées un peu partout tout au long du parcours, les œuvres de Pierre et Gilles s’adaptent à toutes les thématiques et ponctuent la quasi-intégralité des espaces de l’exposition.

Loin d’être choquante, car finalement il n’y a là pas plus de corps nus que dans la galerie Grèce Antique du musée du Louvre, cette exposition est riche par son contenu et la diversité des oeuvres qu’elle propose. S’il aurait été préférable de choisir tout bonnement un parcours chronologique ou des thématiques moins fourre-tout, Masculin / Masculin vaut quand même largement le détour.


Informations pratiques
Masculin / Masculin jusqu’au 2 janvier
Musée d’Orsay (RER C)
Tous les jours sauf le lundi 9h30 – 18h
Nocturne le jeudi jusqu’à 21h45
Tarif plein : 12€ (réduit 9,50€)

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