Mes 10 films préférés de l’année 2018

2018, l’humain entre intimité et grand spectacle, les frissons !

2018 : année zéro. Les logos de Netflix et d’Amazon prennent de plus en plus de place. Et pas qu’au cinéma. Nos auteurs les plus reconnus demeurent les seuls qui ont le plus de latéralité, que ce soit niveau gros budget ou plus intime. Ils ont utilité leur créativité à bon escient, heureusement. Car le cannibalisme Marvel/Disney règne sur les chiffres. Si l’ensemble ne compose pas du mauvais spectacle, il reste assez inoffensif pour qui aurait allumé sa matière grise et serait devenu assez insensible à l’avalanche d’écran vert tout azimut. Mais comme chaque année, rien n’est jamais totalement sombre, car le cinéma reste l’art de la débrouille et de la créativité par excellence comme le prouvent les dizaines de perles indépendantes qui révèlent encore et encore de nouveaux auteurs. Le 7e art, celui où tout recommence et tout continue perpétuellement.

10° Hérédité

Si vous finissez Hérédité sans le même regard … Bravo !

Cela va bientôt faire 20 ans que l’on a laissé le regard halluciné et apeuré de Toni Colette dans Sixième Sens de Shyamalan. Et que cela fait du bien de la voir à nouveau torturée intérieurement ici, sadique que je suis. Et il n’y a pas qu’elle qui sera broyée par la peur diffuse d’Hérédité, la perle pondue par le néophyte Ari Aster. Ce jeune trentenaire nous a concocté un cauchemar à l’esthétique scandinave où il convoque avec jubilation possession, tabou, gore. Un film qui introduit de façon permanente la débutante Milly Shapiro, tout en confirmant le talent protéiforme d’Alex Wolff. Bluffant et profondément dérangeant.

9° Under the silver lake

Un ballon rouge reste dangereux. Même sans clown.

De cauchemar éveillé, il en est pleinement question avec le deuxième film de David Robert Mitchell. Une déambulation jusqu’à en perdre tous ses repères dans la ville labyrinthique par excellence : Los Angeles. Andrew Garfield est notre guide dans ce film hybride à la croisée d’un pur film noir et d’un polar vénéneux Lynchien. Under the silver lake ressemble au film ultime sur la Cité des Anges, c’est peu dire l’exploit de son jeune auteur. Une virée sans fin sur les confins du “je veux être”, des espoirs envolés, de la tentation, du plaisir et de l’éphémère. Une narration opiacée à la beauté sidérante et aux infinis possibilités. Illuminé et fantasmagorique comme … LA. Une stupéfiante orfèvrerie.

8° Roma

Montagne de mères à la mer.

Il est des films qui semblent totalement hors du temps, hors du réel, complètement poétique, suspendu et profondément marquant. Roma est de ceux ci. C’est peu dire qu’on attendait avec gourmandise la nouvelle œuvre du Mexicain Alfonso Cuaron. Passé la déception de la découverte quasi-obligatoire du film sur petit écran, Netflix oblige, nous nous retrouvons à suivre le destin d’une famille moyenne mexicaine à travers toutes les turpitudes du quotidien, le tout dans un noir et blanc d’un écrin rappelant l’Aurore de Murnau. Cuaron pose ses caméras comme Mozart poserait ses notes. La beauté et le génie ruissèlent de partout. Et quand l’émotion jaillit du magnifique visage de Yalitza Aparicio, nous tutoyons alors un des sommets de dignité de 2018.

7° Jusqu’à la garde

lTapis dans l’ombre, le danger veille …

Cela commence comme n’importe quel film français un peu dépressif et anxiogène sur une famille qui se déchire pour la garde des enfants. Puis, très vite Xavier Legrand nous fait comprendre, bien aidé par le couple idoine pour ce genre de rôle, que le poison est bien plus puissant que soupçonné. La violence psychologique infuse de plus en plus dans les petits riens du quotidien. Le visage de Léa Drucker porte les stigmates passés. Celui de Denis Ménochet ne laisse rien transparaître, véritable Janus moderne. Ce crescendo trouvera son apogée dans un final à couper le souffle. Littéralement. Pour son premier film, Legrand vient de signer son entrée magistrale parmi les noms qui compteront pour les années à venir.

6° Détective Dee : La légende des rois célestes

Méfiez vous de l’eau qui dort et du dragon docile.

Le blockbuster le plus excitant de l’année est chinois ! Oubliez la guerre des Comics qui n’apporte que des “surprises” convenues et venez jouir aux côtés des aventures délirantes du Détective Dee. Le troisième opus des péripéties du plus célèbre des enquêteurs médiéval nous entrainent dans une série de gourmandises cinéphiliques toujours plus abouties. Les caméras de Tsui Hark virevoltent à tout va, rivalisant de créativité et d’ingéniosité quand il s’agit de nous immerger dans la 3D la plus réussie depuis des lustres. Ajoutons à cela un humour et une irrévérence plus présents encore que dans les épisodes précédents, des chorégraphies toujours aussi inventives, et vous obtiendrez le plus grand spectacle de 2018 !

5° 3 billboards

Frances ne manque pas de couenne dans cette affaire.

Il est peu dire que c’est le film que l’on attendait de la part de Martin McDonagh depuis son diaboliquement névrosé Bons baisers de Bruges. 10 longues années pour accoucher d’une pépite indie encore plus noire et brillante portée par la crème des comédiens : Frances McDormand, Sam Rockwell ou encore le toujours impeccable Woody Harrelson. Autour d’un drame non résolu, de non-dits toxiques, la vengeance frappe fort et éclabousse toute une communauté, en apparence des plus paisibles. L’humour y est corrosif comme le meilleur des Coen. Le tout se déguste comme une merveille de film noir, portrait d’une Amérique bien trop vernie.

4° Mektoub my love : Canto Uno

Tango à deux, à trois ou solo ?

Et si Abdellatif Kechiche représentait une valeur refuge de notre ère du tout, tout de suite, de l’overdose d’FX et des sentiments policés, factices ? Quelle bouffée d’air frais que cette estouffade sètoise mitonnée avec amours des hommes, et surtout des femmes, par le cinéaste d’origine Tunisienne. Il n’y a pas grand chose à dire sur l’histoire de Mektoub my love si ce n’est que sont les pérégrinations d’une bande de jeunes amoureux, de la vie, du rire, du sexe, de l’été. Sauf qu’il n’y a personne comme Kechiche pour étirer les scènes jusqu’à provoquer le bouleversement des sentiments, pour capter l’indicible à l’aide d’une caméra devenue progressivement invisible ou organique. Du cinéma à taille humaine pour nous rendre compte de la beauté de tout. Et surtout de celle de Shaïn Boumedine, révélation foudroyante, comme la Méditerranée nous en offre régulièrement.

3° Il figlio – Manuel

Andrea Lattanzi : the next BIG thing dal Italia.

Antigone d’Or du Festival Cinemed de Montpellier, Il Figlio – Manuel fait parti de ces rendez-vous dans l’inconnu où une fois celui-ci passé, on se demande ce à quoi on vient d’assister. Véritable pépite du cinéma indépendant italien, il narre le retour à la “vie normale” de Manuel, porté par l’époustouflant débutant Andrea Lattanzi, au sortir d’un foyer pour jeune. Un chemin sinueux documenté avec une minutie et une exigence formelle de tous les instants par Dario Albertini, dont c’est également le premier film. Dans une Italie des laissés-pour-compte, Manuel va faire des rencontres matinées de poésie et de burlesque, conférant à ce road trip néoréaliste des allures d’Odyssée assez surprenant. Un uppercut de douceurs.

2° Les frères Sisters

Frères de sang & d’or, les Sisters.

Jacques Audiard avait la hype pour lui. Auréolé d’une Palme d’Or, certes controversée, couronnant une ascension irrésistible, il se projetait enfin vers la Mecque du cinéma mondial avec pour projet un western porté par les 2 comédiens les plus excitants du ciné Indie : Joaquin Phoenix et Jake Gyllenhaal. La pression ? Le cinéaste français la dilue à l’eau de rivière sauvage avant de la boire pour récolter tranquillement son or. Visuellement épatant, scénaristiquement enivrant et humain, Les Frères Sisters renouvelle un genre éculé et de plus en plus rare tout en y abordant des thèmes très contemporains, pour ne pas dire qu’ils font parti de nos quotidiens. Une émotion en constante mutation portée par un quatuor mémorable, dont les surprenants Riz Ahmed et John C.Reilly, évoluant dans un monde qui n’a jamais semblé aussi fragile. L’ascension continue …

1° First Man

Un improbable doublé consécutif pour la paire Damien Chazelle-Ryan Gosling, surtout à la vision de ces deux films diamétralement opposés. Et pourtant le biopic de Neil Armstrong, premier homme à marcher sur la Lune, possède pas mal de filiation avec Lalaland. Ne serait-ce que l’ambition démesurée et aveuglante qui nourrit ses protagonistes, ou bien encore leurs névroses dévorantes et confondantes. Ici, Gosling la joue en solo ou presque. Envahi nuit et jour par la mort de sa jeune fille, ce qui amènera une des scènes de deuil parmi les plus poignantes jamais vu au cinéma. Il écrase ses compagnons de jeu, mais pas son réalisateur. Car First Man est avant tout un film de Chazelle, l’enfant prodige d’Hollywood. Une maitrise rare de tous les instants de son esthétique et de son environnement sonore qui crée une immersion rarement atteinte dans le vécu organique pour un voyage dans l’espace. Et que dire de la partition de son alter égo Justin Hurwitz transformant l’alunissage tant attendu en futur Madeleine de Proust pour tous les amoureux de cinéma. Ou comment transformer un fait divers mondialement connu en épopée dantesque et intime à la fois. Géant !

Vers l’infini et au-delà. Méta.

Les fructifiants

Pas loin du top 10, mais ils sont ici. Je cite pêle-mêle Mon cher enfant de Mohammed Ben Attia, coup de coeur du 40e Cinemed, Phantom Thread film à la beauté sans nom, profondément névrosé et maniaque sur la création, Au poste, où quand Quentin Dupieux réinvente l’interrogatoire policier dans un humour absurde total, En guerre, véritable réquisitoire contre la mondialisation porté par un grand Vincent Lindon, ou encore l’âpre western de Scott Cooper, Hostiles avec un grand Christian Bale.

Mes attentes ciné pour 2019

Comment ne pas commencer par le plus grand défi d’un de mes cinéaste préféré : Glassou comment M. Night Shyamalan va tenter d’apporter une suite aux succulents Incassable et Split. Risqué, mais la pente parait moins ardue depuis son regain de forme. Ma hype est également totale pour l’événement SF de cette année, j’ai nommé Captive State de Rupert Wyatt, un pitch diabolique pour des premiers visuels à couper le souffle. Dans la foulée, impossible de ne pas penser à Ad astra de James Gray où le redoutable auteur terrien touchera enfin à l’espace avec Brad Pitt. Ce dernier formera un duo de choc avec Leo Di Caprio pour Quentin Tarantino dans Once upon a time in Hollywood. Quoi demander de mieux ?

Souhaitons-nous une année ciné aussi démentielle que cette affiche.

Les suites seront comme d’habitude au rendez-vous. Parmi les plus tentantes, on trouve : Ca 2 où le clown aux dents longues reprendra du service, Kingsman 3, avec toujours Matthew Vaughn aux commandes, Dragon 3, l’animé le plus réussi de ces dernières années, le 9e et ultime épisode (?) de la saga Star Wars, Bienvenue à Zombieland 2, avec la même équipe 10 ans après, ou encore Terminator 6 qui marquera le grand retour de Linda Hamilton (Oui, j’y crois encore à un bon Terminator, je suis maso).

En outsider, je citerai : Alita : Battle angel, la curiosité SF de Robert Rodriguez produite par James Cameron, US nouveau thriller horrifique et social de Jordan Peele qui avait bien réussi à nous hypé l’an dernier, la relecture live du Roi Lion, El Reino, le thriller politique espagnol du duo gagnant Sorogoyen/De La Torre, les aventures solo du Joker de Batman avec Joaquin Phoenix dans le rôle titre. Et pourquoi pas également le reboot d’Hellboy, le Aladdin de Guy Ritchie (gloups), le biopic d’Elton John, RocketMan ou encore The Favourite de Lanthimos.

Faites vos jeux et bonne année ciné à vous tous et toutes !E

Note
Originalité
Mise en scène
Réalisation
Jeu des acteurs
Jean-Marie Siousarram
Manipulateur de mots pour la presse web depuis quelques années. Cinéphage compulsif, féru de culture en tout genre, de voyages, de musique électronique, de foot. Rejeton de Chaplin, Hitchcock et Fincher.

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