Moi, Caravage. Au théâtre des Mathurins, mise en scène par Stanislas Grassian

Moi Caravage 

« Mon corps, on ne l’a jamais retrouvé. Jeté dans la mer ? Brûlé sur la plage ? Mangé par des fourmis ? Dévoré par les loups ? Ravi par les aigles ? (…) Volé et emporté par quelque âme pieuse ? Enseveli en cachette puis oublié comme un chien ? Les voyous que j’ai si souvent pour les peindre déguisés en anges sont-ils venus me chercher pour m’enlever au ciel ? Un autre, à ma place, se lamenterait » (Dominique Fernandez)

Dans La course à l’abîme, le roman de Caravage écrit par Dominique Fernandez, les mystères et secrets du Maitre du clair-obscur sont mis à nus. C’est ce roman qui inspire la pièce écrite par Cesare Capitani (Le Caravage dans la pièce) et remarquablement mise en scène par Stanislas Grassian.

Caravage, Le martyre de Saint-Matthieu, église Saint-Louis-des-Français, Rome, 1600.
Caravage, Le martyre de Saint-Matthieu, église Saint-Louis-des-Français, Rome, 1600.

Qui n’a entendu parler de Michelangelo Merisi, dit Le Caravage, grand peintre controversé et dévoré par des passions obscures ? Le grand maitre du XVIIème siècle qui révolutionnera des siècles de peinture après lui est certainement bien plus célèbre pour ses Tricheurs que pour sa cruauté autodestructrice. Mais revenons aux origines : Rome, vers 1592. Michelangelo a tout juste 21 ans et entre dans un atelier de peinture renommé. Refusant la rigueur du classicisme et des sujets de peintures bibliques qui ne lui laissent aucune liberté d’inspiration personnelle, Merisi entre en confrontation permanente avec ses maitres et commanditaires. Il devient le provocateur et marginal inventeur du clair-obscur, cette technique révolutionnaire qui reproduit avec un réalisme transcendant les jeux d’ombres et de lumières. Protégé par les cardinaux, connu et apprécié des grandes familles, Le Caravage connaît ses heures de gloire, couronnées par la commande du triptyque pour l’Église Saint-Louis-des-Français à Rome, pour laquelle il peindra le cycle de Saint-Matthieu. Mais très vite, sa peinture dérange, son réalisme trop brutal déplait, ses fréquentations font douter l’Inquisition, sa manie de prendre des prostituées comme modèles pour représenter la Vierge provoque le scandale. Emprisonné à maintes reprises, condamné à mort puis gracié, il vagabonde entre Rome, Naples et la Sicile avant de mourir dans des circonstances mystérieuses, sur une plage non loin de Rome, le 18 juillet 1610, à 38 ans.

Crédit photo : B. Cruveiller
Cesare Capitani dans “Moi, Caravage” Crédit photo : B. Cruveiller

C’est à travers une mise en scène minimaliste mais non moins spectaculaire, reproduisant les ombres et éclaircis des toiles par un jeu de lumière fascinant, et dans un quasi-monologue ponctué des chants a capella et souffles de Laetitia Favart, que Cesare Capitani nous raconte son histoire, celle du Caravage.

Dans une performance à couper le souffle, Cesare Capitani (Caravage) s’imprègne de son personnage avec un réalisme puissant. Il incarne à la perfection les passions du peintre, son amour destructeur pour son ami et amant (joué dans la pièce par Laetitia Favart et Manon Leroy), son dégoût pour la critique et ses multiples visages qui en font un personnage d’une complexité caressant la démesure. Moi, Caravage, c’est une ballade funeste et envoûtante entre les toiles du sombre peintre, du Joueur de Luth à la Mort de la Vierge, de la Méduse au David avec la tête de Goliath. Et peu à peu, on comprend les désillusions d’un peintre dont l’obscure virtuosité n’a jamais été pleinement reconnue, un homme qui se raconte dans ses peintures, se met en scène constamment comme un Goliath décapité par ses pairs.  Un homme qui aime et qui hait. Qui méprise les lois et dédaigne les conventions. Un homme « possédé par l’ivresse du sacrifice et de la mort ».

Informations pratiques
Moi, Caravage
Jusqu’au 5 janvier 2014
Théâtre des Mathurins
36, rue des Mathurins 75008
http://www.theatredesmathurins.com/

Charlotte Henry
Théâtrophile, je prends un malin plaisir à dénicher de petites merveilles dans les salles parisiennes. J'aime aussi la politique et les chats, mais ça, c'est une autre histoire...

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