Le réalisateur Nicolas Roeg a réalisé quelques films esthétiquement marquants dans les années 70. Performance avec Mick Jagger en 1970, L’homme qui venait d’ailleurs avec David Bowie en 1976 et donc Ne vous retournez pas avec Donald Sutherland et Julie Christie en 1976. Cette adaptation d’une nouvelle de Daphné du Maurier est un véritable hommage au style du giallo italien dont Dario Argento s’est fait le maitre. Références mystico-religieuses, psychologie ambigüe des personnages, incursions paranormales et épouvante, tous les éléments sont présents au cœur d’une Venise transformée en ville funèbre dérangeante. Si le film semble avoir quelque peu vieilli, il n’a pas perdu de son aura démoniaque.

Un drame aux arcanes étranges

Nicolas Roeg a d’abord officié comme directeur de la photographie dans de nombreux films britanniques et s’est démarqué par un usage immodéré de couleurs flashy à l’écran, presque violentes. Son passage à la réalisation a démarré sur les chapeaux de roue avec un Performance resté dans les annales et attaché à la période illustre du Swinging London. Ne vous retournez pas est une autre étape fameuse avec le choix du réalisateur de placer ses deux personnages principaux dans une ambiance bizarrement morbide. L’accident mortel qui touche dès le départ la fille du couple Sutherland/Christie augure d’un film aux références visuelles nombreuses et ambigües. Car le couple se retrouve à Venise, non plus la sérénissime, mais une ville en pleine décrépitude, aux murs sales et aux rues labyrinthiques qui mettent mal à l’aise. Le film d’abord déchirant avec ce drame tragique initial se transforme en thriller psychologique aux notes occultes qui déstabilisent le spectateur. Donald Sutherland interprète un architecte chargé de sauver une église de l’ensevelissement et de la décrépitude. Julie Christie est son épouse mal encore remise de son deuil récent et qui est comme hypnotisée par deux étranges sœurs dont l’une, aveugle, se targue de pouvoirs de médium et lui parle de sa fille disparue. Le film s’enfonce alors dans une ambiance oppressante, avec en plus des meurtres répétés qui endeuillent la ville et cette impression d’apercevoir leur fille dans les rues de la ville. Ne vous retournez pas est très marqué seventies et souffre aujourd’hui d’une aura un peu datée qui ne manque cependant pas de charme. A l’époque de sa sortie, le film avait retenu l’attention pour une scène d’amour torride dont la légende dit qu’elle ne serait pas feinte mais authentique. Le film se clôture sur un dénouement équivoque, avec une scène en rappelant une autre arrivée plus tôt dans le film. Au spectateur de se faire son opinion sur un paradoxe de cinéma envoutant.

Ne vous retournez pas est vite tombé dans un oubli poli à l’époque de sa sortie, et pourtant il recèle d’une beauté vénéneuse qui demande à être redécouverte aujourd’hui. La ressortie en salles le 16 septembre prochain pourra être l’occasion de se replonger dans une atmosphère oppressante qui n’est pas prête de vous lâcher.

Synopsis: Suite à la mort tragique de leur fille, les Baxter partent à Venise afin de changer d’air. John Baxter, architecte (pas besoin de préciser, on comprend), est embauché par un mystérieux prêtre pour rénover une église. Un jour, alors que les amoureux se baladent, deux sœurs les accostent et l’une d’entre elles, voyante, leur apprend que leur enfant est toujours vivant. S’en suivent d’autres rencontres et visions étranges qui feront raviver de douloureux souvenirs du passé.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici