Un Nocturnal Animals complexe et fascinant

Nocturnal Animals
Nocturnal Animals, film de Tom Ford, Copyright Universal Pictures International France

Un Nocturnal Animals complexe et fascinant

Avec Nocturnal Animals, Tom Ford signe sa deuxième réalisation après un A Single Man classieux en 2010. Si celui-ci naviguait exclusivement dans un monde d’opulence et de style pour un résultat hypnotique, Nocturnal Animals se plait à accumuler les niveaux de lecture pour livrer un puzzle dérangeant et troublant. La frontière entre réalité et imagination se brouille tandis que l’héroïne mélange souvenirs enfouis, lecture inquiétante et quotidien décevant. Nul doute que les thèses vont abonder pour tenter d’expliquer un film qui ne se laisse pas appréhender facilement et multiplie les facettes. Impossible de ne pas laisser l’esprit vagabonder longuement sur ce drame suffocant et envoûtant. L’année 2017 commence bien avec un nécessaire 5/5.

Une intrigue à tiroirs retorse

Nocturnal Animals n’est pas un film linéaire à l’évidence scénaristique. L’héroïne Susan Morrow, interprétée par une Amy Adams au top de sa forme après un Premier Contact tout aussi fascinant, est à la croisée des chemins. Son existence de galiériste star vacille et elle se met à regretter son passé insouciant du temps de son ex-mari Edward. Jake Gyllenhaal prête ses traits à ce mari oublié écrivain à ses heures mais également à Tony Hastings, le héros malheureux du manuscrit envoyé par Edward à Susan. Le film ne va plus cesser de louvoyer entre 3 niveaux de lecture pour un récit fractionné et complexe. Le charme discret de la bourgeoisie californienne côtoie le drame texan sadique et l’exhumation de souvenirs new yorkais enfouis. Le spectateur ferait mieux de se concentrer sur tous les détails éparpillés pour ne pas perdre son chemin d’autant que des concordances troublantes s’accumulent dans l’esprit de Susan entre les 3 époques.

Une mise en scène foisonnante

Tom Ford avait habitué le spectateur à un parti pris esthétique éthéré à l’élégance folle. Loin de se contenter de creuser ce même sillon, il mélange les couleurs et les tons pour un tableau plus art moderne que peinture classique. La scène d’ouverture en surprendra plus d’un et les protagonistes texans ont tout des rednecks plouquisés au maximum. Aaron Taylor-Johnson et Michael Shannon rivalisent d’outrances à coups d’accents coupés au couteau et de répliques impitoyables. Inutile de dire qu’ils sont tous les deux excellents. Si l’esprit de Susan sert de fil conducteur à l’intrigue, Jake Gyllenhaal apparait également dans des postures inconfortables au possible. Horrifié dans la torpeur texane, fragile dans la nuit new yorkaise, invisible dans le présent, il s’érige en totem multi facettes, présent et absent à la fois. Victime sacrificielle de ses congénères humains, il semble inlassablement torturé par d’autres êtres maléfiques. Et la mayonnaise prend au fur et à mesure du film, le spectateur ne peut plus détacher le regard devant un chemin de croix qui le torture.

Exercice de style ou coup de maitre? ATTENTION SPOILERS – ATTENTION SPOILERS – ATTENTION SPOILERS

Impossible de ne pas échafauder une thèse devant une oeuvre aussi habile que dérangeante. Tom Ford multiplie les pistes sans amener de point final, c’est au spectateur de choisir. La thèse de la manageuse artistique parvenue au sommet de sa gloire sans en retirer la satisfaction attendue et hantée par le démon de son passé perdu est attirante. Le choix d’une thèse plus pénible tentera tout autant certains cinéphiles. Lorsque son ex-mari ne vient finalement pas au rendez vous final, quelque chose d’évident titillera le spectateur. La Susan du souvenir a quitté Edward pour se lancer dans une carrière à succès, le héros du manuscrit Tony vient de se tirer malencontreusement dessus, Edward est mort, au moins métaphoriquement, si ce n’est physiquement. Voir arriver Jake au restaurant ferait tomber tout l’édifice à plat. Susan vit un trouble intérieur qui ne peut la mener à renouer avec son ex-mari. Le film se concentre sur ses visions à elle, entre hébétude et abattement. Il doit donc se clôturer sur elle, uniquement elle. Et la boucle est bouclée.

Nocturnal Animals est une oeuvre d’art foisonnante, un sur-film à déguster avec plaisir. Il bousculera le spectateur, l’irritera, le fascinera. La gamme des émotions est vaste devant un tel chef d’oeuvre. A vous de juger…

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Nocturnal Animals
Nocturnal Animals

Susan Morrow, une galeriste d’art de Los Angeles, s’ennuie dans l’opulence de son existence, délaissée par son riche mari Hutton. Alors que ce dernier s’absente, encore une fois, en voyage d’affaires, Susan reçoit un colis inattendu : un manuscrit signé de son ex-mari Edward Sheffield dont elle est sans nouvelles depuis des années. Une note l’accompagne, enjoignant la jeune femme à le lire puis à le contacter lors de son passage en ville. Seule dans sa maison vide, elle entame la lecture de l’oeuvre qui lui est dédicacée.
Dans ce récit aussi violent que bouleversant, Edwards se met en scène dans le rôle de Tony Hastings, un père de famille aux prises avec un gang de voleurs de voiture ultraviolents, mené par l’imprévisible Ray Marcus.
Après lui avoir fait quitter la route, le gang l’abandonne impuissant sur le bas-côté, prenant sa famille en otage. Ce n’est qu’à l’aube qu’il parvient au commissariat le plus proche, où il est pris en charge par le taciturne officier Bobby Andes . Un lien fort va se créer entre les deux hommes, et lier leurs destins dans la poursuite des suspects, coupables d’avoir donné vie au pire des cauchemars de Tony. 
Susan, émue par la plume de son ex-mari, ne peut s’empêcher de se remémorer les moments les plus intimes qu’ils ont partagés. Elle trouve une analogie entre le récit de fiction de son ex-mari et ses propres choix cachés derrière le vernis glacé de son existence. Au fur et à mesure de la progression du roman, la jeune femme y décèle une forme de vengeance, qui la pousse à réévaluer les décisions qui l’ont amenée à sa situation présente, et réveille une flamme qu’elle croyait perdue à jamais.

Sortie : le 4 janvier 2017
Durée : 1h57
Réalisateur : Tom Ford
Avec : Jake Gyllenhaal, Amy Adams, Michael Shannon
Genre : Drame, Thriller

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Note
Originalité
Mise en scène
Réalisation
Jeu des acteurs
Stanislas Claude
Rédacteur ciné, théâtre, musique, BD, expos, parisien de vie, culturaddict de coeur. Fondateur et responsable du site Culturaddict, rédacteur sur le site lifestyle Gentleman moderne. Stanislas a le statut d'érudit sur Publik’Art.

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